Friandises

Les bocaux de verre s’alignaient sur trois étagères dans l’entrée. Il était difficile d’arrêter son choix parmi l’extraordinaire variété de berlingots, bonbons au miel, menthols, caramels, gommes pectorales vertes, cailloux au chocolat, pistaches, violettes, pâtes à guimauve, réglisses, pastilles Vichy et autres.

Jean Rouaud. Les champs d’honneur. Les éditions de minuit. p.128

Berlingots

Berlingots

Bonbons au miel

Bonbons au miel

Menthols

Menthols

Caramels

Caramels

Gommes pectorales

Gommes pectorales

Cailloux au chocolat

Cailloux au chocolat

Pistaches

Pistaches

Vioñettes

Violettes

Pâte à guimauve

Pâte à guimauve

Réglisse

Réglisse

Pastilles Vichy

Pastilles Vichy

Herbes de Provence

Massifdesmaures2Mister Djon, comme l’appellent les ouvriers arabes du domaine, roule lentement dans les premiers lacets des Maures, vitres baissées, l’avant-bras sur la portière. Il sent que les saveurs parfumés des collines, cette cuisine miraculeuse à ciel ouvert, dédommagent déjà le vieux couple des misères du voyage. Senteurs massives, entêtantes, d’où émergent quand on les frôle la sauge, le thym, la marjolaine, le romarin, le basilic, la menthe, odeurs de térébenthine des résineux, aigre du buis, douce-amère du figuier, troncs décortiqués des chênes-lièges, tortueux des oliviers, reflets argent des feuilles de lyeuse, vernissés du laurier, terre ocre, schistes noirs, le ciel qui vire à l’indigo au voisinage du vert des pins, avec ce lancinant chant des cigales dont le volume envahit le creux des conversations.

Dans les boucles, la voiture retrouve l’ombre fraîche du versant nord dont profitent les hêtres et les chênes, avant de replonger à la sortie du virage dans l’écrasante lumière du Midi. Le vieux couple se laisse porter, s’incline mollement dans les courbes et commente sa gratitude d’un regard vers les sommets.

Jean Rouaud. Les champs d’honneur. Les éditions de minuit. p.45

Mélancolie

9782070425389

« Vers minuit, quand j’étais sortie de la cave en compagnie de ce type qui s’appelait Wurlitzer, je crois que j’avais senti toute ma solitude. La rue de Rivoli déserte, le froid de janvier… Il m’avait proposé de le suivre dans un hôtel. Je le connaissais déjà, l’hôtel, avec son escalier raide et son odeur de moisi. J’ai pensé que c’était le genre d’hôtel où ma mère devait échouer au même âge que moi, les mêmes dimanches soir, quand elle s’appelait Suzanne Cardères. Et je ne voyais pas pourquoi il fallait que tout recommence. Alors, je me suis enfuie. Je courais sous les arcades. »

Patrick Modiano. La Petite Bijou, p. 97