Le ticket de métro

ticket_metro_paris_recto__verso« Comme il ne se passe pas grand-chose dans cette scène, on pourrait l’occuper en parlant de ce ticket. C’est qu’il y aurait pas mal de choses à dire sur ces tickets, sur leurs usages annexes – cure-dents, cure-ongles ou coupe-papier, plectre ou médiator, marque-page et ramasse-miettes, cale ou cylindre pour produits stupéfiants, paravent de maison de poupée, microcarnet de notes, souvenir, support de numéro de téléphone que vous gribouillez pour une fille en cas d’urgence – et leurs divers destins – pliés en deux ou quatre dans le sens de la longueur et susceptibles alors d’être glissés  sous une alliance, une chevalière, un bracelet-montre, déchirés en confettis, épluchés en spirale comme une pomme, puis jetés dans les corbeilles du réseau, sur le sol du réseau, entre les rails du réseau, puis jetés hors de réseau, dans le caniveau, dans la rue, chez soi pour jouer à pile ou face : face magnétisée, pile section urbaine –, mais ce n’est peut-être pas le moment de développer tout cela. »

Jean Echenoz, Au piano, Les Éditions de Minuit, 2003, p.71

Lorgnons

983_001La première fois que j’ai vu mon père, à Ogoja, il m’a semblé qu’il portait des lorgnons. D’où me vient cette idée ? Les lorgnons n’étaient déjà plus, très courants à cette époque. Peut-être qu’à Nice quelques vieux de la vieille avaient conservé cet accessoire, que j’imagine seyant parfaitement à d’anciens officiers russes de l’armée impériale, arborant  moustache et favoris, ou bien inventeurs ruinés qui fréquentaient mes « tantes ». Pourquoi  lui ? En réalité mon père devait porter des lunettes à la mode des années trente, fine monture d’acier et verres ronds qui reflétaient la lumière. Les mêmes que je vois sur les portraits  des hommes de sa génération, Louis Jouvet ou James Joyce (avec qui il avait du reste une certaine ressemblance). Mais une simple paire de lunettes ne suffisait pas à l’image que j’ai gardé de cette première rencontre, l’étrangeté, la dureté de son regard, accentué par les deux rides verticales entre ses sourcils. Son coté anglais ou pour mieux dire britannique, la raideur de sa tenue, la sorte d’armature rigide qu’il avait revêtue une fois pour toutes.

J.M.G. Le Clézio, L’Africain, Mercure de France, p. 50

James Joyce portrait Irish writer ( Irish name  Séamus Seoighe) 2 February 1882 – 13 January 1941. Famous for his novel Ulysses  (Photo by Culture Club/Getty Images)

Louis Jouvet

Confiseries

Mistral Gagnant – Renaud

untitled

Le titre vient du nom d’une ancienne confiserie, le Mistral gagnant, disparue bien avant l’enregistrement de la chanson.C’est une chanson dans laquelle le chanteur parle de ses souvenirs et des bonbons de son enfance. Elle est largement imprégnée de la mélancolie du chanteur exprimée au travers de ses souvenirs de bonbons, aujourd’hui disparus comme le temps qu’on ne peut pas récupérer. Elle est destinée à sa fille Lolita.

A m’asseoir sur un banc cinq minutes avec toi
Et regarder les gens tant qu’y en a
Te parler du bon temps qu’est mort ou qui r’viendra
En serrant dans ma main tes p’tits doigts
Pis donner à bouffer à des pigeons idiots
Leur filer des coups d’ pieds pour de faux
Et entendre ton rire qui lézarde les murs
Qui sait surtout guérir mes blessures
Te raconter un peu comment j’étais mino
Les bonbecs fabuleux qu’on piquait chez l’ marchand
Car-en-sac et Minto, caramel à un franc
Et les mistrals gagnants

A r’marcher sous la pluie cinq minutes avec toi
Et regarder la vie tant qu’y en a
Te raconter la Terre en te bouffant des yeux
Te parler de ta mère un p’tit peu
Et sauter dans les flaques pour la faire râler
Bousiller nos godasses et s’ marrer
Et entendre ton rire comme on entend la mer
S’arrêter, r’partir en arrière
Te raconter surtout les carambars d’antan et les cocos boers
Et les vrais roudoudous qui nous coupaient les lèvres
Et nous niquaient les dents
Et les mistrals gagnants

A m’asseoir sur un banc cinq minutes avec toi
Et regarder le soleil qui s’en va
Te parler du bon temps qu’est mort et je m’en fou
Te dire que les méchants c’est pas nous
Que si moi je suis barge, ce n’est que de tes yeux
Car ils ont l’avantage d’être deux
Et entendre ton rire s’envoler aussi haut
Que s’envolent les cris des oiseaux
Te raconter enfin qu’il faut aimer la vie
Et l’aimer même si le temps est assassin
Et emporte avec lui les rires des enfants
Et les mistrals gagnants
Et les mistrals gagnants

4ed60c8f69aed10f92a9846ac0827870.454x500x1[1]

carambar coco boer images6R50F7P5

Maison en meulière

640px-La_Ferté-sous-Jouarre-Maison_meulière

Une maison en meulière est une maison dont la maçonnerie est pierre meulière avec des joints réalisés par rocaillage. Il s’agit notamment de certaines villas construites au début du XXe siècle qui se singularisent par leur style architectural et leur ornementation inspirés par l’Art nouveau.

Ces maisons en meulière, qui font partie du patrimoine architectural de la région Île-de-France, ont été pour la plupart construites entre les années 1880 et 1930 par de riches Parisiens souhaitant profiter de la campagne. Elles sont de plus en plus menacées, mais contribuent par leur charme à donner de l’âme aux petits quartiers résidentiels des banlieues de Paris.

Rocaillage

Rocaillage

Petites Madeleines

Proust&Madeleine(235x293)la foto

Proust soutient que pour évoquer notre passé tous les efforts de notre intelligence sont inutiles. Ce sont l’odeur et la saveur, plutôt que la vue, d’un objet dans lequel notre passé se trouve caché, qui peuvent nous le rendre.

“Il y avait déjà bien des années que, de Combray, tout ce qui n’était pas le théâtre et la drame de mon coucher n’existait plus pour moi, quand un jour d’hiver, comme je rentrais à la maison, ma mère, voyant que j’avais froid, me proposa de me faire prendre, contre mon habitude, un peu de thé. Je refusai d’abord et, je ne sais pourquoi, me ravisai. Elle envoya chercher un de ces gâteaux courts et dodus appelés Petites Madeleines qui semblent avoir été moulés dans la valve rainurée d’une coquille de Saint-Jacques. Et bientôt, machinalement, accablé par la morne journée et la perspective d’un triste lendemain, je portai à mes lèvres une cuillerée du thé où j’avais laissé s’amollir un morceau de madeleine. Mais à l’instant même où la gorgée mêlée des miettes du gâteau toucha mon palais, je tressaillis, attentif à ce qui se passait d’extraordinaire en moi. Un plaisir délicieux m’avait envahi, isolé, sans la notion de sa cause.”(…)

“Et tout d’un coup le souvenir m’est apparu. Ce goût, c’était celui du petit morceau de madeleine que le dimanche matin à Combray (parce que ce jour-là je ne sortais pas avant l’heure de la messe), quand j’allais lui dire bonjour dans sa chambre, ma tante Léonie m’offrait après l’avoir trempé dans son infusion de thé ou de tilleul.”

Marcel Proust, À la recherche du temps perdu. 1. Du côté de chez Swann

La casquette de Charles Bovary

 

bovary_tardi

Flaubert illustre, à travers la description de la casquette, le caractère grotesque, falot et pitoyable de Charles Bovary

« C’était une de ces coiffures d’ordre composite, où l’on retrouve les éléments du bonnet à poil, du chapska, du chapeau rond, de la casquette de loutre et du bonnet de coton, une de ces pauvres choses, enfin, dont la laideur muette a des profondeurs d’expression comme le visage d’un imbécile. Ovoïde et renflée de baleines, elle commençait par trois boudins circulaires ; puis s’alternaient, séparés par une bande rouge, des losanges de velours et de poils de lapin ; venait ensuite une façon de sac qui se terminait par un polygone cartonné, couvert d’une broderie en soutache compliquée, et d’où pendait, au bout d’un long cordon trop mince, un petit croisillon de fils d’or, en manière de gland. Elle était neuve ; la visière brillait. »

Gustave Flaubert, Madame Bovary

(Selon le grand Robert, le bonnet à poil, autrement dit ourson ou colback, était « une ancienne coiffure militaire, en forme de cône tronqué, orné à sa partie supérieure d’une poche conique en drap garnie d’un gland ». Il était porté par les grenadiers sous le Premier Empire. En ce qui concerne le chapska, le grand Littré le définit comme un « chako polonais dont le dessus est carré ». D’après le grand Robert, c’était la coiffure des lanciers sous le Premier Empire. Le chapeau rond, d’après l’encyclopédie Larousse, était une coiffure portée par les ecclésiastiques. La casquette de loutre, comme explique le grand Littré, « est une coiffure d’homme, faite d’étoffe ou de peau, garnie ordinairement d’une visière ». Il avait été porté surtout par des chasseurs. Et, pour finir, le bonnet de coton est, toujours selon le grand Robert, une « coiffure masculine pour la nuit, symbolisant le confort et la pusillanimité bourgeoise, la tristesse, etc. »)

Bonnet à poil

Bonnet à poil

Chapska

Chapska

 

Chapeau rond

Chapeau rond

Casquette de loutre

Casquette de loutre

Bonnet de coton

Bonnet de coton

(Traducción de Carmen Martín Gaite:

Era uno de esos gorros de tipo heterogéneo, donde pueden encontrarse elementos del morrión, del chapska, del sombrero hongo, de la gorra de nutria y del gorro de dormir, en fin, una de esas prendas desgraciadas cuya muda fealdad alcana abismos comparables a los del rostro de un memo. De forma oval y sujeta por ballenas, empezaba por tres morcillas circulares; luego, separados por una banda roja, se alternaban unos rombos de piel de conejo con otros de terciopelo, y a continuación venía una especie de saco rematado por un polígono acartonado con barroca guarnición de pasamanería, del que colgaba, al extremo de un cordón largo y fino, una especie de  bellota trenzada con hilos de oro. Estaba recién estrenada, y la visera relucía.)