Je suis Charlie

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Aucune balle ne tuera la lumière

Ils ont tiré sur des clowns.
Ils ont tiré sur l’humour.
Ils ont tiré sur des poètes.
Ils ont tiré sur la beauté.
Ils ont tiré sur des journalistes.
Ils ont tiré sur la démocratie.
Ils ont tiré sur des policiers.
Ils ont tiré sur la République.
Ils ont tiré sur de grands enfants.
Ils ont tiré sur notre enfance.
Ils ont tiré sur des blasphémateurs.
Ils ont tiré sur la laïcité.
Ils ont tiré sur des antiracistes.
Ils ont tiré sur l’égalité.
Ils ont tiré sur des Juifs.
Ils ont tiré sur la fraternité.
Ils ont tiré au nom de l’islam.
Ils ont tiré sur l’islam.

C’est le Mahomet de Cabu qui avait raison…
Ces obscurantistes sont vraiment des cons.
Ils ont tué nos amis, nos compatriotes,
mais aucune balle ne peut tuer la lumière.
Pour un qu’ils tueront,
nous serons cent à renaître pour la maintenir allumée.

Par Caroline Fourest est essayiste et ancienne collaboratrice à « Charlie Hebdo »

Le Monde dimanche 11 janvier

Êtes-vous juilletiste ou aoûtien ?

LE FIGARO, 30/07/2012

Le traditionnel chassé-croisé des juilletistes et des aoûtiens sur la route des vacances départage deux manières de concevoir ses vacances.

ec9eef8e-da1a-11e1-bdf5-c686c21a0837-493x328Le travail, c’est la santé

Quand on a le choix et les moyens, poser ses congés d’été le septième ou le huitième mois de l’année n’est pas innocent. Bien sûr, la météo n’est pas étrangère à votre décision. Juillet est réputé plus ensoleillé qu’août. Mais juillet apparaît comme le mois des gens pour qui les vacances, c’est sacré. Alors que août a la préférence de ceux qui font passer le travail avant tout.

Les juilletistes seraient-ils paresseux?

C’est la réputation que leur font les aoûtiens. Parce qu’ils partent les premiers en vacances et qu’ils rentrent au moment où l’activité tourne au ralenti, on soupçonne les juilletistes d’être des tire au flanc.

Alors que les aoûtiens sont bien contents de pouvoir compter sur eux pour tenir la boutique. En réalité, le juilletiste est un hédoniste organisé et prévoyant. C’est un commissaire au plan du farniente. Il réserve sa place longtemps à l’avance dans les festivals qui ont lieu pour la plupart à ce moment là. Et au mois d’août, il savoure la ville déserte et prépare tranquillement sa rentrée.

Le défouloir de l’aoûtien

Les aoûtiens, aussi, sont caricaturés. Parce qu’ils prennent leurs vacances en même temps que leur patron, on voit en eux des fayots et des arrivistes. Mais personne ne dit qu’ils sont des citoyens exemplaires parce qu’ils partent en congés en même temps que le président de la République.

En réalité, les aoûtiens mettent davantage leur créativité au service de leur travail que dans l’oisiveté. Prendre ses vacances au mois d’août n’est-il pas le meilleur moyen de revenir au mieux de sa forme pour la rentrée de septembre? Le repos du mois d’août est un repos résigné, presque obligatoire, c’est le défouloir de l’année. La bande son de l’aoûtien, c’est forcément le tube de l’été.

Les juges au secours des expulsés

daté du 13 novembre 2012

Lettre d’Espagne
Sandrine Morel

Une femme de 53 ans, Amaya Egaña, s’est jetée dans le vide, vendredi 9 novembre, sautant de sa fenêtre, au quatrième étage d’un immeuble de Barakaldo, au Pays basque espagnol. Elle est morte sur le coup. Le 23 octobre, Manuel G., au chômage depuis quatre ans, s’était quant à lui lancé depuis son balcon, au deuxième étage, à Burjassot, près de Valence. Il est hospitalisé, dans un état grave. Le même jour, José Miguel Domingo s’était pendu dans le patio de l’immeuble où il résidait à Grenade, en Andalousie.

Dans les trois cas, ces Espagnols d’une cinquantaine d’années tentaient d’échapper, dans un geste désespéré, à l’arrivée de la police et des huissiers, venus les expulser de leur logement. Depuis le début de la crise économique, en Espagne, près de 400 000 familles ont été expulsées. Des drames devenus quotidiens dans un pays où le chômage frappe un quart de la population active.

Pour répondre à cette hémorragie, le gouvernement avait approuvé en mars un  » code de bonnes pratiques «  qui incite les banques, sans les obliger, à suspendre les processus d’expulsion dans les cas de dénuement les plus extrêmes, mais il a été très peu appliqué. Devant ces faits divers tragiques, qui ont bouleversé l’opinion publique, Madrid s’est engagé à revoir la législation, comme le leur demandent en outre les associations de magistrats.  » Il existe des situations d’injustice si claire que l’on finit par questionner la loi « , assure au Monde Edmundo Rodriguez Achutegui, juge au tribunal de commerce du Pays basque et porte-parole régional de l’association Juges pour la démocratie. Dans le cas des expulsions,  » la protection donnée aux banques est déséquilibrée par rapport à celle accordée aux clients « , poursuit-il.

Confrontés aux drames quotidiens et aux multiples visages que prend la crise en Espagne, les juges d’instance ont le blues. Ces dernières semaines, ils ont exprimé tout haut leurs cas de conscience face au nombre croissant d’expulsions immobilières. Dans un rapport mandaté par le Conseil général du pouvoir judiciaire (CGPJ) visant à l' » accélération et à la réforme des procédures civiles «  et publié fin octobre, le groupe de six magistrats chargé de son élaboration a ajouté une annexe sur le surendettement familial, destinée à aborder le problème des expulsions.

Le texte critique les  » mauvaises pratiques des banques «  qui ont permis une  » extension généralisée du crédit immobilier sans mesurer les possibilités réelles du débiteur « . Et propose des mesures destinées à éviter l » exclusion sociale «  des familles  » incapables de satisfaire les traites des prêts accordés durant le boom «  du fait de la perte de leur emploi ou d’une forte baisse de leurs revenus. Le chômage touche un quart de la population active.

Les magistrats proposent qu’une fois défini le concept de  » débiteur de bonne foi «  – celui qui n’a pas recherché la spéculation -, il leur soit possible de dicter des moratoires sur les expulsions ou des périodes de carence sur les intérêts, de permettre aux anciens propriétaires de demeurer dans leur logement en échange d’un faible loyer et de permettre, dans certaines circonstances, la saisie du logement comme moyen d’extinction du crédit. Car, en Espagne, rendre le bien hypothéqué ne suffit pas pour solder la dette. Lorsqu’il est saisi, la banque peut se l’adjuger pour 60 % de sa valeur actuelle et continuer d’exiger la différence.  » Dans la plupart des pays européens voisins, la loi offre une seconde chance aux citoyens surendettés en leur permettant de repartir de zéro. En Espagne, non « , résume M. Achutegui.

Toutes les associations de magistrats s’accordent pour dénoncer le drame des expulsions. Juges pour la démocratie a accusé les banques de  » surcharger les tribunaux «  après avoir  » agi négligemment avec des opérations financières risquées « . L’Association professionnelle de la magistrature (APM), majoritaire, a accusé les banques de transformer les tribunaux en  » bureaux de recouvrement « .

En attendant que la loi évolue, des juges font preuve d’imagination pour éviter les expulsions. Certains tentent de qualifier le prêt d' » abus de droit «  ou qualifient la saisie d' » enrichissement injuste « . Ou utilisent des  » instruments «  pour retarder les saisies, ainsi que l’explique M. Achutegui : chercher un accord avec la banque, poser une question d’inconstitutionnalité… Tout, pourvu que l’on ralentisse au maximum la procédure.

Le juge au tribunal de commerce nº 3 de Barcelone, José Maria Fernandez Seijo, a demandé en 2011 à la Cour de justice de l’Union européenne (Curia) de se prononcer sur la législation espagnole, qui ne permet pas d’empêcher l’expulsion lorsqu’un recours est déposé.  » La loi communautaire défend les consommateurs en permettant de suspendre une procédure judiciaire le temps que soit résolu le recours, explique M. Seijo au Monde. Cela pourrait permettre au particulier de garder son logement ou de lui laisser le temps de retrouver un emploi. «  L’avocate générale de la Curia, Juliane Kokott, s’est rangée du côté du magistrat espagnol en considérant que la loi espagnole  » ne constitue pas une protection efficace contre les clauses abusives « .

M. Seijo, connu pour sa recherche d’alternative aux expulsions, s’en félicite.  » Si le gouvernement ne résout pas les problèmes, c’est peut-être aux juges de le faire « , affirme-t-il, reconnaissant qu’il existe un malaise dans la profession,  » comme dans toute la société, chez les médecins, les enseignants… Le désespoir est grand « .

Sandrine Morel

Hollande se donne 2 ans pour redresser la France

Malmené dans les sondages, le président François Hollande a promis hier soir sur TF1 « un agenda de redressement » de la France sur « deux ans » et d’accélérer en conséquence le train des réformes pour répondre à « l’impatience » et aux « inquiétudes » des Français face à la crise. Il pense pouvoir en deux ans « mettre en œuvre une politique pour l’emploi, pour la compétitivité et le redressement des comptes publics », mais il se donne « un an » seulement pour « inverser la courbe du chômage ». Il a invoqué « la crise qui s’est encore accélérée », annonçant que le budget 2013 serait bâti sur une hypothèse de croissance « réaliste » de « sans doute 0,8 % ». Pour 2012, la croissance devrait être « à peine supérieure à zéro », a estimé M. Hollande. Il a détaillé une série de mesures fiscales, telle la taxe de 75 % sur la part des revenus supérieure à un million d’euros. Le président a prévenu que les classes moyennes n’échapperaient pas au durcissement fiscal puisque le gel du barème de l’impôt sur le revenu, excepté pour les deux premières tranches, aura pour effet de ponctionner les ménages.. L’effort de 30 milliards nécessaire pour boucler le budget 2013 sera partagé en trois – 10 milliards d’économies, 10 milliards de prélèvements supplémentaires pour les grandes entreprises et 10 milliards pour les ménages aisés. Le président a « oublié complètement le changement social », a fustigé le secrétaire national du PCF, Pierre Laurent. « Pas de changement de cap dans la marche forcée à l’austérité […]. Le cap de la saignée est donc maintenu », a dénoncé Martine Billard, coprésidente du Parti de gauche. A l’UMP, copéistes et fillonistes, à l’unisson, ont raillé la prestation présidentielle. Quant à la présidente du FN, Marine Le Pen, elle a moqué une « impuissance molle » après « l’impuissance excitée » de Sarkozy.

Lettre d’Espagne

Le Monde, daté du 30 août 2012

Un  » Robin des bois  » en Andalousie

Héros ou vandale ? Humaniste au grand cœur ou marxiste mégalomane ? Juan Manuel Sanchez Gordillo, maire depuis trente-trois ans de la petite commune de Marinaleda dans la province de Séville, en Andalousie, député au Parlement régional pour Izquierda Unida, la gauche unie (écolo-communistes, IU), et membre du Syndicat andalou des travailleurs (SAT), concentre au moins autant de critiques que de louanges sur sa personne.

Connu pour avoir mené, dans les années 1980 et 1990, des campagnes d’expropriation visant à redistribuer la terre aux paysans ou pour avoir développé l’autoconstruction de logements sociaux loués 15 euros par mois, celui que la presse a vite surnommé le  » Robin des bois andalou  » est revenu sur le devant de la scène médiatique en août, après avoir conduit une opération symbolique du SAT dans deux supermarchés de la région. Le 7 août, à Arcos de la Frontera et à Ecija, des dizaines de personnes ont rempli une vingtaine de chariots de denrées de première nécessité avant de partir sans payer. Ils ont ensuite distribué le butin à différents services sociaux et aux habitants dans le besoin de La Corrala Utopia, à Séville, un ensemble de quatre immeubles vides squattés depuis trois mois par trente-six familles en situation de  » danger social « , selon les termes des  » indignés  » qui ont organisé l’occupation et leur relogement.

 » Ce n’est pas un vol, se défend M. Gordillo. Un vol, c’est ce que font les banques qui achètent de la dette à la Banque centrale européenne à 0,7 % et la vendent à l’Espagne à 7 %. Ce que nous avons fait est un acte d’insoumission pour dénoncer le fait qu’il existe des familles qui ne peuvent pas se payer de quoi manger. « 

L’action, qui plus est menée par un élu, a provoqué un vif débat dans une Espagne rongée par la crise où les actes de désobéissance civile, certes pacifiques mais qui touchent tous les échelons de la société, se multiplient à mesure qu’augmente la pauvreté et que grandit un sentiment d’injustice sociale.

Occupations d’édifices privés à l’abandon par des personnes dans le besoin, rassemblement massif pour empêcher les huissiers d’appliquer les ordres d’expulsion immobilière, opposition de médecins et d’infirmiers à la consigne de ne pas soigner les immigrés sans papiers comme l’exige une nouvelle loi, ou encore refus de plusieurs présidents de région d’appliquer les coupes, dans la santé et l’éducation, que demande le gouvernement central, sont autant de signes de la colère des Espagnols, de leur désespoir aussi, alors que 25 % de la population active est sans emploi et qu’1,7 million de foyers comptent tous leurs membres au chômage.

En Andalousie, la situation est encore plus dramatique. Région touristique et agricole ayant subi de plein fouet l’explosion de la bulle immobilière, elle est la plus frappée par la crise, avec un taux de chômage de 34 % et même de 63 % chez les jeunes de moins de 25 ans.

Mais cela justifie-t-il le vol de supermarchés ? Les deux grands partis ont rapidement condamné l’action de M. Gordillo, et le parquet andalou a ouvert une enquête. Mais une majorité d’Espagnols a approuvé son geste, comme en témoigne le sondage réalisé sur le site du journal pourtant conservateur El Mundo, selon lequel 54 % des internautes ont considéré que  » le hold-up  » était  » justifié « .

M. Gordillo, de son côté, a décidé de surfer sur le vent de rébellion qui souffle en Andalousie et a organisé des  » marches ouvrières «  à travers les provinces andalouses pour exiger  » l’abolition des coupes budgétaires et de la réforme du travail «  – le gouvernement de Mariano Rajoy prétendant économiser plus de 100 milliards d’euros en deux ans, par le biais de l’augmentation de la TVA, de la baisse du salaire des fonctionnaires ou encore de la réduction des aides aux chômeurs. M. Gordillo plaide aussi pour  » la cession des terres publiques aux travailleurs « ,  » la fin des expulsions immobilières « , ou encore pour que  » les dettes des banques soient payées par les banques « , en référence à l’aide de 100 milliards d’euros sollicitée par le gouvernement auprès de l’Union européenne pour recapitaliser le secteur.

La troisième  » marche ouvrière «  a eu lieu lundi 27 et mardi 28 août, dans la province de Cadix, puis ce sera celles de Grenade, Malaga et enfin Séville, du 5 au 7 septembre. L’occasion de sensibiliser l’opinion sur la situation des travailleurs agricoles.  » Avec l’éclatement de la bulle immobilière et la destruction des emplois dans la construction, il y a deux fois plus de personnes qui postulent pour travailler dans les champs. Mais il n’y a pas de travail pour tout le monde « , explique Lola Alvarez, responsable du SAT de Cordoue, qui coordonne l’occupation du domaine public de Somonte. Propriété du gouvernement andalou, ce terrain de 400 hectares inutilisé, avec trois bâtiments vides, est occupé illégalement depuis le 4 mars par vingt-cinq personnes qui y cultivent de quoi se nourrir.  » Il n’est pas acceptable, alors que des familles sont contraintes de faire les poubelles à la sortie des supermarchés, qu’une terre aussi fertile ne soit pas exploitée « , poursuit Mme Alvarez.

 » En Andalousie, 50 % des terres sont détenues par 2 % des propriétaires « , dénonce aussi M. Gordillo, qui soutient les  » récupérations de terres « . En 1991, le maire avait obtenu du gouvernement andalou l’expropriation du duc del Infantado, jusqu’alors principal propriétaire terrien à Marinaleda. Il en a fait une coopérative municipale employant plus de quatre cents personnes, devenue le symbole de sa gestion particulière. Aujourd’hui, le mouvement d’expropriation connaît un nouveau souffle, alors que l’Andalousie s’enfonce dans la misère.

Sandrine Morel

L’Espagne en détresse

Mobilisation contre l’austérité, aide à Madrid votée

Une énorme marée humaine a envahi jeudi soir le centre de Madrid, pour crier « non » au nouveau plan de rigueur du gouvernement espagnol, à la hausse de la TVA, aux coupes budgétaires qui frappent les fonctionnaires et les chômeurs. « Mains en l’air, c’est un hold-up« , hurlait la foule, immobile ou défilant lentement, reprenant le slogan devenu le cri de ralliement des manifestations qui se multiplient depuis l’annonce, le 11 juillet, de ce plan destiné à économiser 65 milliards d’euros. A Madrid, les manifestants étaient plusieurs centaines de milliers. Les syndicats avaient appelé à manifester dans 80 villes, sous le mot d’ordre « Ils veulent ruiner le pays. Il faut l’empêcher ». Car le malaise des Espagnols, déjà soumis à de lourds sacrifices dans un pays en récession, étranglés par un chômage de près de 25 %, est monté d’un cran face à ce nouveau tour de vis. Le gouvernement cherche ainsi à redresser les comptes publics : le budget 2012, d’une rigueur historique avec 27,3 milliards d’euros d’économies, n’a pas suffi et l’Espagne s’est vu imposer par Bruxelles des conditions draconiennes, en échange d’une aide à ses banques et d’un délai, jusqu’en 2014, pour ramener son déficit public à moins de 3 %. Pour renflouer les caisses, c’est cette fois le pays tout entier qui va payer : une hausse de la TVA devrait rapporter 22 milliards d’euros d’ici à 2014 et les fonctionnaires, qui ont déjà vu leur salaire réduit de 5 % en 2010, puis gelé, perdent en 2012 leur prime de Noël, l’équivalent de 7 % du salaire. Dans ce contexte, les députés allemands ont approuvé jeudi une aide à l’Espagne de 100 milliards d’euros maximum destinée à renflouer les banques.

Dossard 71 | chronique – Le Monde / 18 juillet 2012

Eviter les coups de fringale

La nutrition chez le coureur cycliste est primordiale. En particulier chez les grimpeurs. Un calcul simple à comprendre : un coureur économise sept watts par kilo perdu lorsqu’il est à fond dans un col de haute catégorie. Durant le début de saison, le but n’est pas de perdre le maximum de kilos mais d’atteindre ce qu’on appelle son poids de forme. Pendant la préparation, il faut atteindre cette limite du poids de forme sans se mettre non plus en danger en passant en dessous de cette limite et devenir physiquement vulnérable. Si on voit beaucoup de coureurs malades sur le Tour, cela est dû avant tout au poids de la course et de la fatigue qui s’accumulent. Dans le cyclisme de haut niveau, l’objectif est de toujours flirter avec les limites, même physiologiques.

Pendant le Tour, il faut faire abstraction du poids et surtout penser à ne pas perdre trop d’eau durant l’étape. Avant le départ, nous faisons le plein de barres énergisantes. Il y a deux catégories : les produits emballés et frais comme les tartes au riz, les pains au lait au jambon et fromage. Nous les consommons, en général, en début de course. Dans la dernière partie de l’étape, nous avons besoin de sucres rapides que nous procurent les barres énergisantes et les gels sucrés. En fait, physiologiquement, nous n’aurions besoin que de ces dernières mais nous atteignons rapidement une saturation gustative. C’est dans ce cas que les aliments de la première catégorie nous permettent de varier les goûts.

Nous n’avons pas de cuisinier au sein de l’équipe mais Amaury sport organisation (ASO) met à disposition des chefs italiens qui cuisinent très bien les pâtes, aliments indispensables pour générer des sucres lents. Au-delà de ça, notre alimentation doit absolument être très équilibrée : viandes blanches, légumes bouillis… Ce n’est pas pour autant que nous perdons le plaisir de la table, au contraire… Certains disent même que les cyclistes font du vélo exprès pour pouvoir s’attabler confortablement ensuite ! Personnellement, je n’ai pas de problèmes de prise de poids. Lorsque j’étais jeune, j’étais très attentif à ce que mon pourcentage de graisse ne varie pas trop. Ce n’est plus le cas. Désormais, je veille seulement à ne pas dépasser mon poids maximum. Un coureur cycliste ne doit pas forcément être un bon diététicien. En revanche, pour faire partie des meilleurs, maîtriser la variable diététique peut s’avérer décisif.

par Jean-Christophe Péraud

Pour  » Le Monde « , Jean-Christophe Péraud raconte son Tour au quotidien

Et Dieu, dans la crise de l’euro ?

Dans la crise de l’euro, experts et politiques négligent un facteur : Dieu. Enfin, la religion et, en l’espèce, le protestantisme luthérien. Fille de pasteur, Angela Merkel a le sens du péché, comme beaucoup de ses compatriotes. Il y a une manière allemande de parler de l’euro qui fleure bon l’influence du Temple. Et qui n’est évidemment pas sans conséquences sur les solutions avancées pour secourir l’union monétaire européenne.

A juste titre, Berlin entend que la zone euro ne soit plus la machine à fabriquer de la dette qu’elle a été ces dix dernières années. Pas question que les riches (l’Europe du Nord) garantissent les dettes des pauvres (l’Europe du Sud) : ce serait encourager ceux-ci au vice de l’endettement.

Mais le discours venu d’outre-Rhin dépasse ce que les économistes appellent  » l’aléa moral «  : les effets pervers d’une solidarité financière qui inciterait les moins rigoureux des Etats de l’eurozone à un comportement dispendieux. On y décèle aussi un soupçon de volonté de punir, et, en creux des prescriptions de la politique économique, la dialectique du péché et de son expiation.

Dans une union monétaire bancale, comme l’est la zone euro, le mal, c’est la dette, résultat d’une gestion désinvolte et folklorique des finances publiques. Accumulée au fil des ans, elle jette le discrédit sur la monnaie : elle mine la confiance dans toute la zone.

La sanction est là pour dissuader. Elle doit être lourde pour enlever au pécheur l’envie de recommencer. Elle s’exprime au travers d’un merveilleux mécanisme, dit le patron de la Bundesbank, Jens Weidmann : les taux d’intérêt – la punition par les marchés.

Le New York Times rapporte les propos tenus le mois dernier par le président de la  » Buba  » lors d’une réunion à Berlin.  » Il serait fatal de gommer complètement l’impact disciplinaire de taux d’intérêt à la hausse « , sermonnait Weidmann, avant d’ajouter :  » Quand les Etats commencent à devoir payer de plus en plus cher l’obtention d’un crédit pour faire face à leurs échéances, alors s’endetter devient beaucoup moins attrayant pour eux. « 

La première étape du châtiment est la dégradation par les agences de notation. Il s’ensuit en général une hausse du taux d’intérêt qu’un Etat doit pratiquer pour arriver à vendre sa dette sur le marché. S’il est très mal en point, la rémunération demandée par les investisseurs pour souscrire aux emprunts de cet Etat atteint des niveaux intolérables : en faillite, le délinquant est mis sous tutelle – cas de la Grèce, de l’Irlande, du Portugal, qui n’arrivent plus à se refinancer sur les marchés.

S’il est un peu plus solvable, un Etat trouve preneur pour ses bons du Trésor, mais à des coûts d’autant plus pénalisants que sa dette est lourde : l’Espagne et l’Italie doivent verser des intérêts de plus de 6 % pour placer leurs emprunts. Ces pays entrent dans un cercle infernal, qui finit par faire douter de leur solvabilité finale : pour assurer les échéances de leurs dettes, il leur faut emprunter, mais ils ne peuvent le faire qu’à des coûts qui vont venir alourdir encore leur dette globale…

Jens Weidmann s’en félicite, qui conclut ainsi son prêche au ministère des finances :  » La bonne politique budgétaire doit être récompensée grâce au coût du crédit et la mau vaise punie par le même moyen.  » Cette gymnastique des taux, il ne faut pas la perturber : elle gratifie le Bien et pénalise le Mal.

Autrement dit, c’est autant au titre de la morale qu’en souvenir des traumatismes laissés par l’inflation dans l’Allemagne d’avant-guerre que Berlin se refuse à user d’une arme qui a fait ses preuves aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne : la monétarisation de la dette.

Propriétaire de la planche à billets, une banque centrale peut acheter directement et en quantités infinies les bons du Trésor émis par un Etat en difficulté. Elle pèse ainsi sur les taux d’intérêt des emprunts d’Etat et les ramène à des niveaux supportables.

Mais, dit le patron de la  » Buba « , c’est là une pratique doublement condamnable : elle est d’abord inflationniste ; elle est ensuite une incitation à la dette puisqu’elle en modère la sanction (la hausse des taux d’intérêt). Vue de Berlin, la crise de l’euro ne peut avoir qu’un remède : l’austérité budgétaire pour purger les dettes.

Ce sera long, mais pas tragique, juge Jens Weidmann, dans Les Echos :  » Les taux sont plus élevés dans quelques pays sans que cela soit nécessairement insupporta ble.  » Troisième économie de la zone euro, l’Italie, juge l’Allemagne, peut bien vivre en acquittant du 6 % sur ses emprunts. La France fera de même, qui, lorsque sa monnaie était le franc, médiocre devise dévaluée à répétition, devait payer sa dette le double de son prix d’aujourd’hui.  » L’idée qu’au-delà d’un certain taux on entre dans des problèmes irrémédiables est à mon sens simpliste « , assène le président de la  » Buba « .

Alors, pas question de forcer la Banque centrale européenne (BCE) à faire ce que ses statuts lui interdisent, monétariser la dette ; mais, là encore, l’interdit ne repose pas que sur des considérations économiques. Il est d’ordre politique et moral. La rénovation du patriotisme allemand est passée par l’exaltation de l’Etat de droit, le  » patriotisme de la Constitution « , le respect de la loi – en l’espèce, les textes fondateurs de la BCE.

Sur le ton de la gravité, Jens Weidmann dit encore :  » On ne réussira certainement pas à sur monter la crise de confiance actuelle en violant la loi. L’Europe, ce n’est pas seulement une monnaie unique, c’est aussi un respect commun de l’Etat de droit. (…) Il faut prendre garde, en cherchant une solution à la crise de la dette, à ne pas donner l’impression que l’on piétine ces valeurs. « 

Et voilà pourquoi Berlin se refuse à faire jouer un rôle plus actif à la BCE et à augmenter la solidarité financière entre pays de la zone euro. Et se propose de résoudre la crise en faisant graver dans le marbre d’un traité les règles d’une stricte discipline budgétaire. Et n’envisage d’apurer les dettes des membres de l’Union que d’une seule manière : l’austérité.

Précision finale : nombre de voisins de l’Allemagne, les Etats-Unis et une masse critique d’économistes jugent que la recette berlinoise conduira à une terrible récession – dont l’euro risque de ne pas se remettre. Joyeux Noël !

Par Alain Frachon

Une commission d’experts propose d’exhumer Franco

daté du 1er décembre 2011

L’ancien dictateur espagnol Francisco Franco (1892-1975) doit être exhumé et son cercueil extrait du Valle de los Caidos, gigantesque mausolée à sa gloire situé à une cinquantaine de kilomètres de Madrid. Trois semaines avant le changement de gouvernement en Espagne, la commission d’experts pour l’avenir du Valle de los Caidos, créée le 27 mai, a rendu ses conclusions, mardi 29 novembre.

Trop tard, selon les associations de défense de la mémoire de la guerre civile, qui doutent que le gouvernement conservateur de Mariano Rajoy, qui prendra ses fonctions en décembre, respecte les recommandations d’une commission créée par l’exécutif du socialiste José Luis Rodriguez Zapatero.  » Le gouvernement a eu sept ans pour sortir Franco de là. Nous n’avions pas besoin d’une commission mais d’une décision « , regrette le président de l’association pour la récupération de la mémoire historique (AMRH), Emilio Silva.

Car le Parti populaire (PP, conservateur) qui s’apprête à gouverner a toujours jugé que le travail de mémoire mené par le gouvernement socialiste de José Luis Rodriguez Zapatero – statues du Caudillo enlevées des places publiques, rues rebaptisées, loi de 2007 réhabilitant les victimes du franquisme… – ne sert qu’à «  diviser la société  » et à  » rouvrir les blessures du passé « .

Pour le gouvernement, le Valle doit, justement, devenir un  » lieu de mémoire et de réconciliation « . Le projet imaginé par la commission prévoit la construction d’un mémorial portant les noms des 34 000 victimes des deux camps mortes durant la guerre civile et enterrées dans les cryptes, un centre de méditation, un musée qui expliquerait l’histoire de ce conflit et de la dictature, ainsi que les conditions dans lesquelles a été construit le Valle, bâti entre 1941 et 1958 par des milliers de prisonniers républicains condamnés aux travaux forcés.

La commission ne voit pas d’inconvénient à ce que demeure enterré le fondateur de la Phalange, José Antonio Primo de Rivera,  » une victime de la guerre civile « , à la différence de Franco. Si le prochain gouvernement décidait de suivre la commission, il devrait encore obtenir l’accord de l’Eglise, qui gère la basilique, et l’approbation du Parlement…  » Personne n’y croit « , tranche Emilio Silva.

Sandrine Morel (Madrid, correspondance)