Le ticket de métro

ticket_metro_paris_recto__verso« Comme il ne se passe pas grand-chose dans cette scène, on pourrait l’occuper en parlant de ce ticket. C’est qu’il y aurait pas mal de choses à dire sur ces tickets, sur leurs usages annexes – cure-dents, cure-ongles ou coupe-papier, plectre ou médiator, marque-page et ramasse-miettes, cale ou cylindre pour produits stupéfiants, paravent de maison de poupée, microcarnet de notes, souvenir, support de numéro de téléphone que vous gribouillez pour une fille en cas d’urgence – et leurs divers destins – pliés en deux ou quatre dans le sens de la longueur et susceptibles alors d’être glissés  sous une alliance, une chevalière, un bracelet-montre, déchirés en confettis, épluchés en spirale comme une pomme, puis jetés dans les corbeilles du réseau, sur le sol du réseau, entre les rails du réseau, puis jetés hors de réseau, dans le caniveau, dans la rue, chez soi pour jouer à pile ou face : face magnétisée, pile section urbaine –, mais ce n’est peut-être pas le moment de développer tout cela. »

Jean Echenoz, Au piano, Les Éditions de Minuit, 2003, p.71

14 de Jean Echenoz

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Bicyclette modèle Euntes

“… un solide modèle Euntes conçu par et pour des ecclésiastiques… » (p. 8)

« Euntes docete omnes gentes » (allez enseigner toutes les nations) Matthieu 28:19.

Après la loi de 1905 sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat, les prêtres se trouvèrent sans ressource. Un certain Raphaël Vanni, vicaire à Saint-Martin-de-Ré de 1903 à 1908, puis curé à Bourgneuf (Charente-Maritime), construisit, vers 1910, une bicyclette sous la marque « Euntes », surnommée vélo de curé, à cause du cadre en col de cygne adapté au port de la soutane.

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Aures habet, et non audiet

“…Un cahot brusque et, sans qu’ Anthime s’en aperçût, le gros livre est tombé du vélo, s’est ouvert dans sa chute pour se retrouver à jamais seul au bord du chemin, reposant à plat ventre sur l’un de ses chapitres intitulé Aures habet, et non audiet… » (p.11)

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Ce titre « Aures habet, et non audiet » appartient au chapitre deux du livre IV de la première partie du roman de Victor Hugo « Quatrevingt-treize », où l’auteur raconte une scène tout à fait semblable à celle que nous venons de lire au livre d’Echenoz:

« Il regarda tous les clochers de l’horizon l’un après l’autre, à sa gauche les clochers de Courtils, de Précey, de Crollon et de la Croix-Avranchin ; à sa droite les clochers de Raz-sur-Couesnon, de Mordrey et des Pas ; en face de lui, le clocher de Pontorson. La cage de tous ces clochers était alternativement noire et blanche.
Qu’est-ce que cela voulait dire ?
Cela signifiait que toutes les cloches étaient en branle.
Il fallait, pour apparaître et disparaître ainsi, qu’elles fussent furieusement secouées.
Qu’était-ce donc ? évidemment le tocsin.
On sonnait le tocsin, on le sonnait frénétiquement, on le sonnait partout, dans tous les clochers, dans toutes les paroisses, dans tous les villages, et l’on n’entendait rien. »

Victor Hugo, Quatrevingt-treize, Première partie, Livre IV, 2 (Aures habet, et non audiet)

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Appareil photo Rêve Idéal

« …son appareil photo Rêve Idéal de chez Girard & Boitte pendu comme d’habitude à son cou… » (p.13)

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Le Miroir et L’Illustration

« dans des revues ouvertes aux clichés d’amateurs telle que Le Miroir et L’Illustration…» (p.17)

 » …annonce parue après deux mois de conflit mundial : « Le Miroir paie n’importe quel prix les documents photographiques relatifs à la guerre, présentant un intérêt particulier »… » (p.114)

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93e Régiment d’Infanterie

« …le 93e a traversé l’avenue puis les grandes rues de la ville… » (p. 19)

Historique du 93e Régiment d’Infanterie

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Le départ des poilus, août 1914

« Des chapeaux, des foulards, des bouquets, des mouchoirs s’agitaient en tous sens, des paniers de provisions passaient par les fenêtres des wagons, on serrait dans ses bras des enfants, des vieillards, des couples s’étreignaient, des larmes s’écrasaient sur les marchepieds – comme on peut le voir de nos jours à Paris sur la vaste fresque de Albert Herter, dans le hall Alsace de la gare de l’Est. »  (p.20)

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Le tableau du peintre américain Albert Herter (1871-1950), Le Départ des poilus, août 1914, doit à son emplacement d’être devenu un enjeu de mémoire. Suspendu dans la gare de l’Est depuis le don de l’artiste en 1926 à la « France victorieuse », il a connu de multiples accrochages et décrochages au gré des transformations de l’édifice.

Le tableau occupe une fonction certaine dans les mémoires parisiennes de 14-18. Il rend, de manière symbolique, un moment fort, tout autant qu’un sujet d’interrogation de l’historiographie : le départ des soldats en août 1914. Albert Herter donne une place centrale à l’idée courante d’un enthousiasme manifesté par « la fleur au fusil », qui ne correspond pas au sentiment résigné de beaucoup. Mais, à bien regarder la toile, les attitudes graves, l’inquiétude et la tristesse semblent l’emporter parmi les familles ou les proches des soldats. Au-delà de son caractère illustratif, l’oeuvre participe aussi des deuils polymorphes de la Grande Guerre. Le peintre s’y est représenté tenant un bouquet de fleurs en bas à droite. Le tableau fut exécuté à la mémoire de son fils, Everit Albert Herter, artiste lui-même, mort des suites de ses blessures en 1918. Engagé volontaire, il appartenait à une section de camouflage de l’armée américaine :  « Premier peintre américain à mourir comme soldat dans la guerre européenne », dit l’American Year Book 1918. C’est sans doute lui qui est au centre de la toile.

Nicolas Offenstadt

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Le Peuple de la mer

« … Le Peuple de la mer de Marc Elder que Blanche feuillette parfois –moins pour sa vaillante obtention, l’an dernier, du prix Goncourt contre Marcel Proust… » (p.23)

Le Peuple de la mer obtient le prix Goncourt en 1913, au onzième tour de scrutin, l’année où Marcel Proust publie Du côté de chez Swann, sans que le roman soit cependant retenu dans la liste finale.

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Havresac, modèle as de carreau 1893

« …son havresac, modèle as de carreau 1893 et dont l’infrastructure était un cadre en bois couvert d’une enveloppe de toile épaisse, du vert wagon au brun cachou. On le fixait sur son dos par deux bretelles en cuir, articulées en leur milieu par un dé en laiton… » (p. 48)

Musée de l’Infanterie

Il contient à l’intérieur le linge de rechange, les nécessaires d’entretien et de toilette, le matériel pour nettoyer le fusil, un sachet de pansement médical et divers ustensiles de cuisine que les soldats se répartissent. Au-dessus et sur les côtés prennent place, maintenues par des courroies d’attache, la couverture, la toile de tente, une seconde paire de chaussures, une gamelle individuelle.

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Le Farman F 37

« … Le biplan biplace modèle Farman F 37 mené par deux hommes, un pilote et un observateur… » (p. 51)

L’Aviatik

« … Structure en bois revêtue de toile et ornée de la crois de Malte sur les ailes, la queue et les jantes du chariot d’atterrissage, fuselage en duralumin c’est un biplace Aviatik… » (p. 54)

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La mitrailleuse Hotchkiss

« … La mitrailleuse Hotchkiss a certes été montée sur le Farman mais à titre espérimental… » (p.55)

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La croix de guerre

“… remise d’une croix de guerre inventée depuis six mois… » (p.71)

Instituée par la loi du 8 avril 1916, cette décoration, au ruban vert, est traversée verticalement par de minces filets rouges. Sa largeur est suffisante pour y épingler une citation: une étoile en bronze pour une citation à l’ordre du régiment ; une étoile en argent pour une citation à l’ordre de la division ; une étoile de vermeil pour une citation à l’ordre du corps d’armée; une palme en bronze pour une citation à l’ordre de l’armée (5 palmes en bronze peuvent être remplacées par une palme en argent).
Sur le revers de la médaille, 2 dates figurent. La première est invariablement 1914, la seconde (1915, 1916, 1917 ou 1918) correspond à l’année de la dernière citation du décoré.

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La tenue des Poilus

« …Quant aux changements de tenue, c’est au printemps qu’on a touché de nouvelles capotes bleu clair, seyantes sous le soleil revenu, le pantalon rouge trop criard ayant quant à lui presque disparu, soit qu’on le recouvrît d’une salopette bleue, soit qu’on le remplaçât par un pantalon de velours. Côté accessoires défensifs, on avait d’abord reçu des cervelières, calottes en acier qui vous enveloppaient le crâne et qu’on devait porter sous la basane du képi, puis quelques semaines plus tard, en mai, signe qu’une innovation technique peu réjouissante se profilait, ont été distribuées des protections individuelles –bâillons et lunettes en mica- contre les gaz de combat… » (p.72)

A la mobilisation, l’uniforme français en vigueur est totalement dépassé pour la guerre moderne. Les soldats sont affublés d’un képi et d’un pantalon rouge garance qui fait d’eux des cibles idéales pour la mitraille allemande. Leurs équipements sont inconfortables et inadaptés.
Dans l’urgence, et prioritairement, l’armée distribue des couvre-képis et des couvre-pantalons de couleur bleu. Les hommes qui n’ont pas encore perçu le couvre-pantalon ont l’ordre strict de porter les pants de la capote relâchés pour cacher le plus possible le pantalon rouge garance.
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 Au lendemain de la victoire de la Marne, l’état-major adopte une nouvelle teinte pour l’uniforme français, le fameux  » bleu horizon « .
Des commandes de ce nouveau drap sont passées en urgence, mais le nombre d’homme à équiper est colossal et la fabrication va être longue. Des mesures urgentes sont prises en attendant :
1 – Une nouvelle capote, moins couteuse en tissu, est conçue : la capote Poiret. Ainsi qu’un nouveau képi : le modèle 1915 ;
2 – Des culottes civiles en velours sont distribuées aux troupes ainsi que des brelages en toiles erzatz ;
3 – Des tampons contre les gaz sont conçus en urgence, en raison de la guerre des gaz qui vient de commencer.

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Le chasseur Nieuport

« … il a fallu qu’un chasseur Nieuport vînt à s’écraser… » (p. 76)

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Revolver 8 mm modèle 1892

« … braquant sur Arcenel trois exemplaires du revolver 8 mm modèle 1892… » (p. 100)

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Les gendarmes

« … dans un coin de ce tapis se tenaient trois hommes à cheval, en uniforme serré bleu clair, torse droit, regard sévère, moustache brossée… » (p. 100)

« …Les gendarmes…on les détestait dans les cantonnements, presque autant sinon plus que les types d’en face… » (p.100)

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L’Internationale

“… L’Internationale –qui s’ouvre martialement par un intervalle de quarte ascendante comme pas mal d’hymnes et de chants guerriers, patriotiques ou partisans…” (p.123)

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L’Oriamendi, chant des Carlistas (les légitimistes espagnols) s’ouvre aussi par un intervalle semblable :

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