Le changement, en Espagne, c’est maintenant

Le Monde, mercredi 23 décembre 2015

Au lendemain des élections générales du 20  décembre, la situation politique de l’Espagne n’est pas enviable. Nul ne saurait dire, en effet, par qui, sur quelles bases et avec quelles alliances le pays pourra être gouverné désormais. Après quarante ans de bipartisme où les socialistes et la droite se succédaient au pouvoir, avec l’appui, à l’occasion, des nationalistes catalans ou basques, le scrutin de dimanche a littéralement fait exploser ce paysage, sans désigner de vainqueur.

Les deux grands partis de gouvernement sont laminés : à eux deux, ils ont recueilli à peine plus de la moitié des voix et paient le prix de la corruption des élites autant que de la crise. Certes, le Parti populaire du premier ministre sortant, Mariano Rajoy, reste le premier parti d’Espagne. Mais, avec 123 députés sur les 350 que compte le Parlement, la droite enregistre une décrue brutale et perd la confortable majorité qu’elle détenait depuis 2011. Le redressement économique du pays, le million d’emplois créés depuis deux ans et le redémarrage de la croissance (+ 3,1  % attendus en  2015) n’ont pas effacé les ravages d’un chômage de masse (plus d’un Espagnol sur cinq et près d’un jeune sur deux sont concernés), d’une précarité générale et d’une paupérisation structurelle. Quant aux socialistes, s’ils évitent la déroute qu’ils redoutaient, ils ne conservent que 90 sièges, soit le pire résultat de leur histoire.

Chamboule-tout

Chamboule-tout

Les deux acteurs de ce chamboule-tout électoral sont les deux forces nouvelles qui ont émergé de la crise : la gauche alternative de Podemos ( » nous pouvons « ), né il y a deux ans à peine du mouvement des  » indignés  » et qui disposera de 90 députés ; le centre inédit de Ciudadanos ( » citoyens « ), surgi plus récemment encoresur le plan national et qui a fait élire 40 parlementaires. Mais ni l’un ni l’autre ne sont en position de faiseur de majorité avec la droite ou les socialistes.

L’avenir est donc imprévisible, l’Espagne risque d’être ingouvernable et, si c’est le cas, les Espagnols pourraient être conviés à de nouvelles élections d’ici trois mois. Pour autant, vu de Paris notamment, ce scrutin est aussi intéressant qu’instructif. Il témoigne d’une indéniable vitalité démocratique. Près du quart des députés élus dimanche sont des nouveaux venus, issus de la société civile, acteurs de terrain ou militants des mouvements anti-crise, professeurs ou ingénieurs, juges, économistes ou chômeurs. Et le plus souvent jeunes, à l’instar de Pablo Iglesias, chef de file de Podemos, politologue de 32 ans, ou d’Albert Rivera, président de Ciudadanos, ancien avocat de 36 ans. A cet égard, si l’on ose dire, le changement, en Espagne, c’est maintenant.

Vermoulu

Vermoulu

Ce scrutin démontre également de façon spectaculaire la volonté des Espagnols de remettre en cause un système politique vermoulu et de le renouveler en profondeur. Plutôt que de tenter de refonder les vieux partis, ils en ont fondé de nouveaux, plus inventifs, mieux enracinés dans la société et qui, chacun à sa manière, entendent promouvoir une démocratie participative, impliquant les citoyens dans l’élaboration des projets politiques. Plutôt que de rechercher des boucs émissaires extérieurs ou de céder à la tentation de replis identitaires, ils ont créé des réseaux de solidarité, reconstruit un vivre-ensemble, cherché des solutions plus pragmatiques que radicales et redonné sens à la politique.

La suite de cette expérience n’est pas écrite. Mais les Français pourraient utilement en prendre de la graine.

 

Un bras d’honneur

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Artur Mas a ainsi déclaré lors d’un meeting qu’il faisait  » un bras d’honneur «  au PP, au PSOE et à Podemos. (Le Monde, 26 septembre 2015, p. 5)

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Artur Mas invita a contestar con un corte de mangas a los « grandes jefes de Madrid »

El presidente de la Generalitat y candidato de Junts pel Sí, Artur Mas, ha invitado a los catalanes a responder el 27S a « los grandes jefes de Madrid » que hoy visitan Cataluña, « con un gran corte de mangas » y una victoria indiscutible de la candidatura de la que forma parte.

En un acto electoral realizado en el Parc Municipal de Tortosa (Tarragona) ante unas 2.500 personas, Mas ha afirmado que « hoy parece que han venido a Cataluña los ‘grandes jefes de Madrid’, el del PP, el del PSOE y el de Podemos », en alusión a la presencia de Mariano Rajoy, Pedro Sánchez y Pablo Iglesia en actos en Cataluña.

« Grandes jefes venir reserva catalana para decir a indígenas lo que conviene votar », ha ironizado Mas, que ha contestado en tono sarcástico: « Pues bien: ‘indígenas decir a grandes jefes Madrid PP, PSOE y Podemos que un gran corte de mangas’, lo que en la lengua de la reserva es una gran butifarra, y una victoria contundente de Junts pel Sí, que seguro que esto no les gustará nada ».

EFE. Tortosa (Tarragona), 20 sep 2015

Les juges au secours des expulsés

daté du 13 novembre 2012

Lettre d’Espagne
Sandrine Morel

Une femme de 53 ans, Amaya Egaña, s’est jetée dans le vide, vendredi 9 novembre, sautant de sa fenêtre, au quatrième étage d’un immeuble de Barakaldo, au Pays basque espagnol. Elle est morte sur le coup. Le 23 octobre, Manuel G., au chômage depuis quatre ans, s’était quant à lui lancé depuis son balcon, au deuxième étage, à Burjassot, près de Valence. Il est hospitalisé, dans un état grave. Le même jour, José Miguel Domingo s’était pendu dans le patio de l’immeuble où il résidait à Grenade, en Andalousie.

Dans les trois cas, ces Espagnols d’une cinquantaine d’années tentaient d’échapper, dans un geste désespéré, à l’arrivée de la police et des huissiers, venus les expulser de leur logement. Depuis le début de la crise économique, en Espagne, près de 400 000 familles ont été expulsées. Des drames devenus quotidiens dans un pays où le chômage frappe un quart de la population active.

Pour répondre à cette hémorragie, le gouvernement avait approuvé en mars un  » code de bonnes pratiques «  qui incite les banques, sans les obliger, à suspendre les processus d’expulsion dans les cas de dénuement les plus extrêmes, mais il a été très peu appliqué. Devant ces faits divers tragiques, qui ont bouleversé l’opinion publique, Madrid s’est engagé à revoir la législation, comme le leur demandent en outre les associations de magistrats.  » Il existe des situations d’injustice si claire que l’on finit par questionner la loi « , assure au Monde Edmundo Rodriguez Achutegui, juge au tribunal de commerce du Pays basque et porte-parole régional de l’association Juges pour la démocratie. Dans le cas des expulsions,  » la protection donnée aux banques est déséquilibrée par rapport à celle accordée aux clients « , poursuit-il.

Confrontés aux drames quotidiens et aux multiples visages que prend la crise en Espagne, les juges d’instance ont le blues. Ces dernières semaines, ils ont exprimé tout haut leurs cas de conscience face au nombre croissant d’expulsions immobilières. Dans un rapport mandaté par le Conseil général du pouvoir judiciaire (CGPJ) visant à l' » accélération et à la réforme des procédures civiles «  et publié fin octobre, le groupe de six magistrats chargé de son élaboration a ajouté une annexe sur le surendettement familial, destinée à aborder le problème des expulsions.

Le texte critique les  » mauvaises pratiques des banques «  qui ont permis une  » extension généralisée du crédit immobilier sans mesurer les possibilités réelles du débiteur « . Et propose des mesures destinées à éviter l » exclusion sociale «  des familles  » incapables de satisfaire les traites des prêts accordés durant le boom «  du fait de la perte de leur emploi ou d’une forte baisse de leurs revenus. Le chômage touche un quart de la population active.

Les magistrats proposent qu’une fois défini le concept de  » débiteur de bonne foi «  – celui qui n’a pas recherché la spéculation -, il leur soit possible de dicter des moratoires sur les expulsions ou des périodes de carence sur les intérêts, de permettre aux anciens propriétaires de demeurer dans leur logement en échange d’un faible loyer et de permettre, dans certaines circonstances, la saisie du logement comme moyen d’extinction du crédit. Car, en Espagne, rendre le bien hypothéqué ne suffit pas pour solder la dette. Lorsqu’il est saisi, la banque peut se l’adjuger pour 60 % de sa valeur actuelle et continuer d’exiger la différence.  » Dans la plupart des pays européens voisins, la loi offre une seconde chance aux citoyens surendettés en leur permettant de repartir de zéro. En Espagne, non « , résume M. Achutegui.

Toutes les associations de magistrats s’accordent pour dénoncer le drame des expulsions. Juges pour la démocratie a accusé les banques de  » surcharger les tribunaux «  après avoir  » agi négligemment avec des opérations financières risquées « . L’Association professionnelle de la magistrature (APM), majoritaire, a accusé les banques de transformer les tribunaux en  » bureaux de recouvrement « .

En attendant que la loi évolue, des juges font preuve d’imagination pour éviter les expulsions. Certains tentent de qualifier le prêt d' » abus de droit «  ou qualifient la saisie d' » enrichissement injuste « . Ou utilisent des  » instruments «  pour retarder les saisies, ainsi que l’explique M. Achutegui : chercher un accord avec la banque, poser une question d’inconstitutionnalité… Tout, pourvu que l’on ralentisse au maximum la procédure.

Le juge au tribunal de commerce nº 3 de Barcelone, José Maria Fernandez Seijo, a demandé en 2011 à la Cour de justice de l’Union européenne (Curia) de se prononcer sur la législation espagnole, qui ne permet pas d’empêcher l’expulsion lorsqu’un recours est déposé.  » La loi communautaire défend les consommateurs en permettant de suspendre une procédure judiciaire le temps que soit résolu le recours, explique M. Seijo au Monde. Cela pourrait permettre au particulier de garder son logement ou de lui laisser le temps de retrouver un emploi. «  L’avocate générale de la Curia, Juliane Kokott, s’est rangée du côté du magistrat espagnol en considérant que la loi espagnole  » ne constitue pas une protection efficace contre les clauses abusives « .

M. Seijo, connu pour sa recherche d’alternative aux expulsions, s’en félicite.  » Si le gouvernement ne résout pas les problèmes, c’est peut-être aux juges de le faire « , affirme-t-il, reconnaissant qu’il existe un malaise dans la profession,  » comme dans toute la société, chez les médecins, les enseignants… Le désespoir est grand « .

Sandrine Morel

Lettre d’Espagne

Le Monde, daté du 30 août 2012

Un  » Robin des bois  » en Andalousie

Héros ou vandale ? Humaniste au grand cœur ou marxiste mégalomane ? Juan Manuel Sanchez Gordillo, maire depuis trente-trois ans de la petite commune de Marinaleda dans la province de Séville, en Andalousie, député au Parlement régional pour Izquierda Unida, la gauche unie (écolo-communistes, IU), et membre du Syndicat andalou des travailleurs (SAT), concentre au moins autant de critiques que de louanges sur sa personne.

Connu pour avoir mené, dans les années 1980 et 1990, des campagnes d’expropriation visant à redistribuer la terre aux paysans ou pour avoir développé l’autoconstruction de logements sociaux loués 15 euros par mois, celui que la presse a vite surnommé le  » Robin des bois andalou  » est revenu sur le devant de la scène médiatique en août, après avoir conduit une opération symbolique du SAT dans deux supermarchés de la région. Le 7 août, à Arcos de la Frontera et à Ecija, des dizaines de personnes ont rempli une vingtaine de chariots de denrées de première nécessité avant de partir sans payer. Ils ont ensuite distribué le butin à différents services sociaux et aux habitants dans le besoin de La Corrala Utopia, à Séville, un ensemble de quatre immeubles vides squattés depuis trois mois par trente-six familles en situation de  » danger social « , selon les termes des  » indignés  » qui ont organisé l’occupation et leur relogement.

 » Ce n’est pas un vol, se défend M. Gordillo. Un vol, c’est ce que font les banques qui achètent de la dette à la Banque centrale européenne à 0,7 % et la vendent à l’Espagne à 7 %. Ce que nous avons fait est un acte d’insoumission pour dénoncer le fait qu’il existe des familles qui ne peuvent pas se payer de quoi manger. « 

L’action, qui plus est menée par un élu, a provoqué un vif débat dans une Espagne rongée par la crise où les actes de désobéissance civile, certes pacifiques mais qui touchent tous les échelons de la société, se multiplient à mesure qu’augmente la pauvreté et que grandit un sentiment d’injustice sociale.

Occupations d’édifices privés à l’abandon par des personnes dans le besoin, rassemblement massif pour empêcher les huissiers d’appliquer les ordres d’expulsion immobilière, opposition de médecins et d’infirmiers à la consigne de ne pas soigner les immigrés sans papiers comme l’exige une nouvelle loi, ou encore refus de plusieurs présidents de région d’appliquer les coupes, dans la santé et l’éducation, que demande le gouvernement central, sont autant de signes de la colère des Espagnols, de leur désespoir aussi, alors que 25 % de la population active est sans emploi et qu’1,7 million de foyers comptent tous leurs membres au chômage.

En Andalousie, la situation est encore plus dramatique. Région touristique et agricole ayant subi de plein fouet l’explosion de la bulle immobilière, elle est la plus frappée par la crise, avec un taux de chômage de 34 % et même de 63 % chez les jeunes de moins de 25 ans.

Mais cela justifie-t-il le vol de supermarchés ? Les deux grands partis ont rapidement condamné l’action de M. Gordillo, et le parquet andalou a ouvert une enquête. Mais une majorité d’Espagnols a approuvé son geste, comme en témoigne le sondage réalisé sur le site du journal pourtant conservateur El Mundo, selon lequel 54 % des internautes ont considéré que  » le hold-up  » était  » justifié « .

M. Gordillo, de son côté, a décidé de surfer sur le vent de rébellion qui souffle en Andalousie et a organisé des  » marches ouvrières «  à travers les provinces andalouses pour exiger  » l’abolition des coupes budgétaires et de la réforme du travail «  – le gouvernement de Mariano Rajoy prétendant économiser plus de 100 milliards d’euros en deux ans, par le biais de l’augmentation de la TVA, de la baisse du salaire des fonctionnaires ou encore de la réduction des aides aux chômeurs. M. Gordillo plaide aussi pour  » la cession des terres publiques aux travailleurs « ,  » la fin des expulsions immobilières « , ou encore pour que  » les dettes des banques soient payées par les banques « , en référence à l’aide de 100 milliards d’euros sollicitée par le gouvernement auprès de l’Union européenne pour recapitaliser le secteur.

La troisième  » marche ouvrière «  a eu lieu lundi 27 et mardi 28 août, dans la province de Cadix, puis ce sera celles de Grenade, Malaga et enfin Séville, du 5 au 7 septembre. L’occasion de sensibiliser l’opinion sur la situation des travailleurs agricoles.  » Avec l’éclatement de la bulle immobilière et la destruction des emplois dans la construction, il y a deux fois plus de personnes qui postulent pour travailler dans les champs. Mais il n’y a pas de travail pour tout le monde « , explique Lola Alvarez, responsable du SAT de Cordoue, qui coordonne l’occupation du domaine public de Somonte. Propriété du gouvernement andalou, ce terrain de 400 hectares inutilisé, avec trois bâtiments vides, est occupé illégalement depuis le 4 mars par vingt-cinq personnes qui y cultivent de quoi se nourrir.  » Il n’est pas acceptable, alors que des familles sont contraintes de faire les poubelles à la sortie des supermarchés, qu’une terre aussi fertile ne soit pas exploitée « , poursuit Mme Alvarez.

 » En Andalousie, 50 % des terres sont détenues par 2 % des propriétaires « , dénonce aussi M. Gordillo, qui soutient les  » récupérations de terres « . En 1991, le maire avait obtenu du gouvernement andalou l’expropriation du duc del Infantado, jusqu’alors principal propriétaire terrien à Marinaleda. Il en a fait une coopérative municipale employant plus de quatre cents personnes, devenue le symbole de sa gestion particulière. Aujourd’hui, le mouvement d’expropriation connaît un nouveau souffle, alors que l’Andalousie s’enfonce dans la misère.

Sandrine Morel

L’Espagne en détresse

Mobilisation contre l’austérité, aide à Madrid votée

Une énorme marée humaine a envahi jeudi soir le centre de Madrid, pour crier « non » au nouveau plan de rigueur du gouvernement espagnol, à la hausse de la TVA, aux coupes budgétaires qui frappent les fonctionnaires et les chômeurs. « Mains en l’air, c’est un hold-up« , hurlait la foule, immobile ou défilant lentement, reprenant le slogan devenu le cri de ralliement des manifestations qui se multiplient depuis l’annonce, le 11 juillet, de ce plan destiné à économiser 65 milliards d’euros. A Madrid, les manifestants étaient plusieurs centaines de milliers. Les syndicats avaient appelé à manifester dans 80 villes, sous le mot d’ordre « Ils veulent ruiner le pays. Il faut l’empêcher ». Car le malaise des Espagnols, déjà soumis à de lourds sacrifices dans un pays en récession, étranglés par un chômage de près de 25 %, est monté d’un cran face à ce nouveau tour de vis. Le gouvernement cherche ainsi à redresser les comptes publics : le budget 2012, d’une rigueur historique avec 27,3 milliards d’euros d’économies, n’a pas suffi et l’Espagne s’est vu imposer par Bruxelles des conditions draconiennes, en échange d’une aide à ses banques et d’un délai, jusqu’en 2014, pour ramener son déficit public à moins de 3 %. Pour renflouer les caisses, c’est cette fois le pays tout entier qui va payer : une hausse de la TVA devrait rapporter 22 milliards d’euros d’ici à 2014 et les fonctionnaires, qui ont déjà vu leur salaire réduit de 5 % en 2010, puis gelé, perdent en 2012 leur prime de Noël, l’équivalent de 7 % du salaire. Dans ce contexte, les députés allemands ont approuvé jeudi une aide à l’Espagne de 100 milliards d’euros maximum destinée à renflouer les banques.

Une commission d’experts propose d’exhumer Franco

daté du 1er décembre 2011

L’ancien dictateur espagnol Francisco Franco (1892-1975) doit être exhumé et son cercueil extrait du Valle de los Caidos, gigantesque mausolée à sa gloire situé à une cinquantaine de kilomètres de Madrid. Trois semaines avant le changement de gouvernement en Espagne, la commission d’experts pour l’avenir du Valle de los Caidos, créée le 27 mai, a rendu ses conclusions, mardi 29 novembre.

Trop tard, selon les associations de défense de la mémoire de la guerre civile, qui doutent que le gouvernement conservateur de Mariano Rajoy, qui prendra ses fonctions en décembre, respecte les recommandations d’une commission créée par l’exécutif du socialiste José Luis Rodriguez Zapatero.  » Le gouvernement a eu sept ans pour sortir Franco de là. Nous n’avions pas besoin d’une commission mais d’une décision « , regrette le président de l’association pour la récupération de la mémoire historique (AMRH), Emilio Silva.

Car le Parti populaire (PP, conservateur) qui s’apprête à gouverner a toujours jugé que le travail de mémoire mené par le gouvernement socialiste de José Luis Rodriguez Zapatero – statues du Caudillo enlevées des places publiques, rues rebaptisées, loi de 2007 réhabilitant les victimes du franquisme… – ne sert qu’à «  diviser la société  » et à  » rouvrir les blessures du passé « .

Pour le gouvernement, le Valle doit, justement, devenir un  » lieu de mémoire et de réconciliation « . Le projet imaginé par la commission prévoit la construction d’un mémorial portant les noms des 34 000 victimes des deux camps mortes durant la guerre civile et enterrées dans les cryptes, un centre de méditation, un musée qui expliquerait l’histoire de ce conflit et de la dictature, ainsi que les conditions dans lesquelles a été construit le Valle, bâti entre 1941 et 1958 par des milliers de prisonniers républicains condamnés aux travaux forcés.

La commission ne voit pas d’inconvénient à ce que demeure enterré le fondateur de la Phalange, José Antonio Primo de Rivera,  » une victime de la guerre civile « , à la différence de Franco. Si le prochain gouvernement décidait de suivre la commission, il devrait encore obtenir l’accord de l’Eglise, qui gère la basilique, et l’approbation du Parlement…  » Personne n’y croit « , tranche Emilio Silva.

Sandrine Morel (Madrid, correspondance)

Comment prit fin le dernier conflit d’Europe occidentale

Témoignage sur la fin d’ETA

Le Monde – Samedi 29 octobre 2011

Enfin ! Trois jours après la conférence de la paix sur le conflit basque que nous avons organisée à Saint- Sébastien le 17 octobre, l’organisation séparatiste ETA annonçait l’abandon définitif de la lutte armée. Le dernier conflit d’Europe occidentale se terminait ainsi par un communiqué, après quatre décennies de violence et un millier de morts. Retour sur une discrète dynamique de paix, à laquelle j’ai eu le privilège de participer au sein du groupe international de contact (GIC).

La paix se fait avec ses ennemis, en dépit du sang versé. C’est cette évidence, si difficile à accepter, que Jonathan Powell, ex-chef de cabinet de Tony Blair et son négociateur avec l’IRA, tentait de faire passer à Saint-Sébastien. « L’IRA a tenté d’assassiner mon père et il en a réchappé d’extrême justesse, a-t-il dit. Mon frère a figuré pendant huit ans sur la liste des gens à abattre. Lorsque, durant les négociations, j’ai rencontré pour la première fois le président du Sinn-Fein, Jerry Adams, j’ai refusé de lui serrer la main. Aujourd’hui, je le regrette. » Que ces mots soient prononcés par le négociateur de Londres n’était pas indifférent dans le contexte basque, tant les deux conflits ont souvent été perçus comme  » frères « , avec des revendications nationalistes, des décennies de violence et tant de vies brisées ou mutilées à jamais.

A l’annonce de la conférence de paix du 17 octobre à Saint-Sébastien, une partie de la classe politique espagnole se déchaîna contre nous. Le leader de l’opposition, Mariano Rajoy, fit preuve de responsabilité, observant un prudent mutisme, mais l’ex-premier ministre Aznar dénonça l’ « équivalence morale » que, soi-disant, nous établissions entre terroristes et démocrates. Critique infondée : nous n’étions pas là pour donner des gages de légitimité mais pour appeler l’ETA à cesser la lutte armée, et Madrid et Paris à répondre positivement. C’est ce même message qu’ont porté, le 17 octobre, des personnalités comme l’ex-secrétaire général de l’ONU Kofi Annan ou l’ex-ministre de l’intérieur, Pierre Joxe.

Ni le gouvernement espagnol ni l’organisation clandestine n’étaient représentés mais, à l’exception du Parti populaire, la quasi-totalité des composantes de la société basque étaient venues, avec les représentants des syndicats, du patronat, de l’Eglise et des partis politiques. De vives divergences de vues s’exprimèrent sur la nature du conflit et sur l’avenir du Pays basque. Mais tous se rejoignirent sur l’essentiel : l’arrêt irrévocable de la violence par l’ETA, sans que cela signifie pour les militants la fin de leur combat pour l’autodétermination. C’était le sens du mandat que nous avions négocié avec des acteurs politiques et sociaux du Pays basque : une normalisation politique incluant la légalisation de tous les partis qui renoncent à la violence, l’ajustement de la politique pénitentiaire (comme le rapprochement du Pays basque des 700 prisonniers de l’ETA, dont 140 détenus en France), et l’ouverture d’un dialogue multipartite.

L’arrêt de la lutte armée, nous le pressentions était à porter de main. Ces derniers mois, le contexte était en mutation rapide, cristallisée par trois événements-clés. La Déclaration de Bruxelles du 29 mars 2010, d’abord, dont l’architecte fut l’avocat sud-africain Brian Currin. Une vingtaine de personnalités, dont cinq Prix Nobel de la paix, appelèrent l’ETA à déclarer « un cessez-le-feu permanent et vérifiable« . Ce fut chose faite le 10 janvier, et ce deuxième développement a rendu possible la création de notre petit groupe d’experts internationaux, pour « accélérer, faciliter et favoriser la normalisation au Pays basque« .

Brian Currin, défenseur de militants du Congrès national africain (ANC) pendant l’apartheid, avait senti qu’il fallait encourager la prise de conscience par la gauche indépendantiste de l’impasse dans laquelle elle se trouvait après l’attentat meurtrier de l’aéroport de Madrid fin 2006. La lutte armée de l’ETA ne donnait aucun résultat, alors que la coopération entre Madrid et Paris marquait des points significatifs. Beaucoup d’observateurs ont vu dans le succès des polices espagnole et française l’unique raison du renoncement aux armes par l’ETA. Mais cette explication est trop courte. Nous avons en vérité assisté à la conversion de la gauche indépendantiste à la voie pacifique. La Déclaration de Bruxelles, puis la constitution du GCI et la présence de leaders internationaux à la conférence de paix le 17 octobre visaient à la conforter dans le choix revendiqué d’un refus de la violence.

Le troisième temps fort fut la confirmation que l’ETA avait bel et bien tenu ses engagements après l’annonce du cessez-le-feu en janvier. C’était un point capital. Certes, il n’y avait plus eu d’attentat depuis 2009, mais c’était insuffisant. D’autres cessez-le-feu avaient été brisés. Nous avons interrogé les chefs d’entreprise afin de s’assurer de la fin de l’extorsion qui alimentait « économie de guerre » de l’organisation clandestine. Rappelons qu’une quarantaine de patrons ont été tués par l’ETA, une cinquantaine d’autres kidnappés durant les années de conflit, et que 2 000 personnes au Pays basque vivent ou ont vécu entourées de gardes du corps, dans la peur d’être assassinées.

Fin avril, avec Paul Rios, je rencontrai le patron des patrons à Bilbao. Il nous montra une lettre frappée du sigle de l’organisation confirmant la fin de « l’impôt révolutionnaire« . Nous tenions là le premier signe tangible du changement intervenu. Quelques mois plus tard, notre GCI aida à mettre sur pied un groupe de vérification du cessez-le-feu qu’a rejoint Raymond Kendall, un ancien de l’antiterrorisme à Scotland Yard, qui a été quinze ans secrétaire général d’Interpol.

Ce printemps, donc, les événements s’accélérèrent. Nous vîmes l’équation politique se transformer avec les élections régionales du 22 mai. Ce fut le triomphe des nationalistes qui, tous partis confondus, récoltèrent 61 % des voix au Pays basque. Ce résultat était important : il montrait la vigueur du nationalisme et confirmait le succès d’une stratégie axée sur le refus de la violence. Puis, le 24 et le 25 septembre, les 700 prisonniers de l’ETA et les ex-prisonniers se prononcèrent à leur tour en faveur de l’arrêt de la lutte armée. Le 1er octobre, Ekin, un groupe politique en lien avec l’ETA, annonçait sa dissolution. Le lendemain, l’ETA annonçait qu’elle acceptait de se soumettre au groupe de vérification du cessez-le-feu. Les conditions étaient favorables pour la tenue d’une conférence de paix.

L’annonce de la fin de la lutte armée le 20 octobre marque à l’évidence une étape cruciale après quarante-trois années de violence. Le processus de normalisation peut enfin commencer et conduira à terme à la légalisation de la formation Sortu, à la remise des armes de l’ETA et à sa dissolution. Des discussions auront lieu entre les parties sur ces questions et sur d’autres, et le GIC est prêt à apporter sa contribution. Le différend sur l’avenir du Pays basque se traitera dans le cadre du libre jeu démocratique. Les victimes, bien entendu, toutes les victimes, celles de l’ETA et les autres, y compris celles des groupes parapoliciers (GAL) qui tuèrent dans les années 1980 sur le sol français en toute illégalité des Etarras, ne seront pas oubliées. Il n’y aura pas ici, comme après la fin du franquisme et la transition démocratique espagnole, de pacte de l’oubli.

La grande misère avance à grands pas

Lettre d’Espagne

Le Monde daté du 25 octobre 2011

Mère de 56 ans, qui vit avec deux de ses enfants et ses deux petits-enfants de 7 et 3 ans. Les enfants sont au chômage et sans prestation. La mère perçoit une aide de 426 euros qui prendra fin le 24 novembre 2011. Leur loyer est de 276 euros. Dossier 125. «  Quelques lignes pour résumer la détresse d’une famille. Un numéro de référence pour demander de l’aide.

A Valence, l’association Nuestra Señora de los Desemparados a lancé cette année un nouveau programme de lutte contre la misère :  » Parrainez une famille « . Sur son site Internet, des dizaines de  » dossiers  » se succèdent. Un numéro de compte en banque invite les visiteurs à faire un don. Et quelques phrases détaillent des situations de plus ou moins grande détresse.

Comme cette  » mère divorcée avec quatre enfants de 16, 11, 4 et 3 ans, qui travaille comme femme de ménage en entreprise pour un salaire de 434 euros et paie un loyer de 410 euros. «  Ce jeune étudiant de 25 ans, coupés de ses parents, qui gagne 250 euros en faisant le ménage chez des particuliers, mais dont la moitié de la paie part dans son loyer. Cette femme de 74 ans, touchant 340 euros de retraite et vivant avec son fils de 50 ans, malade, qui demande simplement qu’on lui répare son lave-linge. Ou encore cette famille avec un enfant, dont l’appartement a été saisi par la banque, le mari a épuisé ses droits au chômage et touche une aide de 426 euros. Son épouse, femme de ménage en arrêt maladie, n’a pas d’indemnités.

L’Espagne ne voit pas le bout du tunnel. La crise s’allongeant, le nombre de chômeurs en fin de droit ne cessent d’augmenter : ils seraient près de deux millions sur les 4,8 millions de chômeurs espagnols (21 % de la population active) à ne percevoir aucune prestation. Près d’1,4 million de foyers compteraient tous leurs membres au chômage. Et selon les associations de droit au logement, 300 000 familles ont été expulsées de chez elles par les banques parce qu’elles ne payaient plus leur crédit depuis trois ans.

Le 13 octobre, l’association caritative, dépendant de l’église catholique Caritas, a tiré la sonnette d’alarme, annonçant lors de la présentation de son rapport 2010 que la pauvreté en Espagne  » se stabilise et devient chronique « . Le nombre de personnes ayant recours à ses services d' » accueil et assistance primaire « , qui résolvent les questions d’urgence basiques telles que l’alimentation, est passé de 400 000 en 2007 à 950 000 en 2010. Or seulement 30 % de ceux-ci demandaient de l’aide pour la première fois. Les 70 % restants correspondent à  » des personnes dont la situation empire par manque de solution « , a souligné le secrétaire général de l’organisation Sébastien Mora. Les trois-quarts sont des couples âgés entre 20 et 40 ans avec plusieurs enfants en bas âge. Et pour la première fois, ils sont majoritairement de nationalité espagnole.

La solidarité familiale traditionnelle des pays méditerranéens, qui a si longtemps permis d’épargner les gens de la misère et de l’exclusion sociale, semble ne plus suffire.  » Chaque année, il y a davantage de personnes qui ont besoin d’une aide d’urgence et le réseau de protection sociale public, qui était faible, diminue et s’érode « , continue M. Mora.

Plan d’austérité oblige, les aides nationales destinées aux chômeurs en fin de droit, limitées à une durée de six mois, sont de plus en plus restrictives. Quant aux régions autonomes espagnoles, obligées de réduire leur déficit monstre, elles taillent dans les budgets sociaux. Les aides au logement, aux familles nombreuses, aux personnes dépendantes ou sans revenu se trouvent, par exemple, sur la sellette en Catalogne.

L’Institut national de statistiques espagnol, l’INE, qui a rendu public la semaine dernière les conclusions de l’enquête sur les conditions de vie 2011 parvient au même constat : la misère augmente à grands pas en Espagne.

Près de 22 % des foyers espagnols vivraient actuellement sous le seuil de pauvreté, fixé à 7 500 euros annuels pour une personne seule ou 13 500 pour un couple avec un enfant. En 2010, ils étaient 20,7 % et 19,5 % en 2009. L’augmentation du chômage en est la principale cause.  » Un signe de la gravité de la situation est que de plus en plus de jeunes, formés et qualifiés, quittent l’Espagne pour trouver du travail ailleurs « , souligne Florentino Felgueroso, directeur de la chaire de capital humain à la Fondation des études d’économie appliquée (Fedea). L’Espagne redeviendra-t-elle un pays d’émigration comme il y a quarante ans ? Selon les études de l’INE, c’est une possibilité si la situation continue de se détériorer.

Les revenus moyens des familles espagnoles ont baissé de 4,4 % en un an, atteignant moins de 25 000 euros annuels par foyer et 9 400 euros annuel par personne. Une famille sur trois n’a pas les moyens d’affronter des dépenses imprévues et 40 % n’a pas les moyens de se payer une semaine de vacances hors de son domicile. Plus alarmant encore, un récent rapport de l’Unicef souligne que 15 % des enfants d’origine étrangère vivent dans des conditions de grave pauvreté et que 6 % souffre de la faim de manière habituelle.

Pour le moment, l’Espagne ne connaît que peu de tensions sociales malgré l’ampleur de la crise. Pas de grève générale. Pas de violence et de délinquance de masse. Seuls les sympathiques  » indignés « , pacifistes et utopistes, dénoncent les difficultés de la société, gentiment, lors d’assemblées populaires… Mais jusqu’à quand ?

Sandrine Morel

Espagne : l’adieu aux armes de l’ETA

C’est une décision qui, bien qu’attendue, apparaît comme historique (The Guardian). Jeudi soir, l’organisation séparatiste basque ETA a annoncé, de manière savamment orchestrée, « la fin définitive de son action armée », rapportent El Mundo et la BBC (voir le texte intégral du communiqué). Comme le souligne El Pais, cette déclaration officielle, fruit de longues et âpres négociations (La Vanguardia), met un terme à « quarante-trois années de terreur » ; quarante-trois années rythmées par des attentats sanglants qui auront coûté la vie à 829 personnes. Le chef du gouvernement espagnol, José Luis Rodriguez Zapatero, a salué le « triomphe » de l’Etat de droit, tout en affirmant que le souvenir des victimes ne s’effacerait pas. « Notre démocratie vivra sans le terrorisme, mais non sans mémoire », a-t-il promis (Publico, El Pais). Comment l’organisation basque en est-elle venue à renoncer à la lutte armée, dont elle semblait avoir fait l’alpha et l’oméga de sa politique ? Pour Publico, cela tient aux succès de la traque menée depuis deux ans par les autorités espagnoles et françaises. Tout n’est pas réglé pour autant, tempère le Daily Telegraph, qui s’interroge sur la délicate question du désarmement du mouvement basque. Le New York Times, lui, va plus loin, voyant dans les propos byzantins de l’ETA, et dans ses non-dits, plus une nouvelle duperie potentielle qu’un acte courageux de paix.

Dans le collimateur des marchés cet été, l’Espagne bénéficie désormais d’un répit

Malgré la persistance de zones d’ombre, M. Zapatero juge l’action de son gouvernement crédible

Pour calmer les esprits des investisseurs échauffés durant l’été par la crainte que l’Espagne, dans le collimateur des marchés, ne fasse appel à l’aide financière européenne, le pays a mis les bouchées doubles.

Parmi les divers chantiers engagés figure celui des caisses d’épargne – celles-ci avaient jusqu’au vendredi 30 septembre pour terminer leur processus de recapitalisation ou accepter une nationalisation partielle. Dans la foulée, la Banque d’Espagne publiera le montant des besoins de son système financier, achevant ainsi un long processus de consolidation qui a permis de ramener le nombre des caisses d’épargne de 47 à 14. Un objectif : rassurer les marchés et les institutions financières mondiales sur la solidité du secteur bancaire espagnol et, au-delà, sur l’économie du pays.

Cet été, l’Espagne, tout comme l’Italie, à qui Standard & Poors a depuis enlevé son AAA, se sont retrouvées dans une spirale infernale, voyant leurs taux d’emprunts s’envoler. Et ce, bien que l’ampleur de leur endettement soit sans commune mesure. Une dette de 650 milliards d’euros pour l’Espagne, soit 60 % de son produit intérieur brut (PIB) ; et de plus de 1 900 milliards d’euros pour l’Italie (120 % du PIB).

En pleine crise grecque, les marchés se sont focalisés sur ces deux pays, les enjoignant de résoudre au plus vite leurs difficultés. Croissance en berne, endettement lourd, banques mal en point… Tous les ingrédients d’un cocktail explosif étaient réunis.

Mais après avoir été mis dans le même panier, les deux pays ont pris des trajectoires différentes. L’Italie s’est empêtrée dans un grand chaos politique, tandis que l’Espagne a mis tout en oeuvre pour contracter ses dépenses publiques. Au-delà même de ce qu’elle avait initialement prévu pour compenser sa faible croissance.

Ainsi, en septembre, le gouvernement socialiste, présidé par José Luis Rodriguez Zapatero, a été l’un des premiers à introduire en urgence la  » règle d’or  » de l’équilibre budgétaire dans sa Constitution pour afficher sa détermination à limiter le déficit.

 » On constate, mois après mois, une amélioration du déficit public, relève Jesus Castillo, économiste chez Natixis. Le plan de consolidation budgétaire apparaît suffisamment crédible pour que le pays atteigne son objectif d’un déficit de 6 % fin 2011 « , contre 9,2 % en 2010, et 11,3 % en 2009.

Sous pression européenne, Madrid a multiplié les mesures. Ces derniers mois, le marché du travail a été réformé pour plus de flexibilité et 49 % des aéroports ont été privatisés. Auparavant, en 2010, le gouvernement espagnol avait déjà augmenté l’âge de la retraite de 65 à 67 ans, gelé les retraites et baissé le salaire des fonctionnaires de 5 %.

Le pays a mis en place une  » politique assez drastique qui a commencé à porter ses fruits « , juge Céline Antonin, économiste à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE). Autre facteur positif, selon Jesus Castillo : l’évolution du déficit courant – l’ensemble des flux avec le reste du monde. Il est passé de 10,6 % en juin 2008 (son maximum) à 4,2 % en juin 2011. En se contractant, il réduit d’autant les besoins de financement extérieurs de l’Espagne, à l’image de l’Irlande, qui, elle, a renoué avec les excédents.

Pour autant, l’Espagne n’est pas tirée d’affaire. Il reste des points noirs, à commencer par la dette des collectivités locales qui a augmenté de 23 % en un an, pour atteindre, au deuxième trimestre 2011, un nouveau record de 133 milliards d’euros, soit 12,4 % du PIB. L’agence de notation Fitch a d’ailleurs baissé, le 14 septembre, la note de cinq communautés de communes : la Catalogne, la Communauté de Valence, l’Andalousie, les Canaries et Murcie.

Pour faire face à leur problème de dette, les régions se sont engagées dans de douloureuses réformes. Les dernières en date concernent les Baléares qui ont supprimé, mercredi 28 septembre, 92 de leurs 168 entreprises publiques. La Catalogne de son côté, a réduit son budget de 10 % ; la Castille-La Manche, de 20 %…

Des doutes sur le pays persistent toutefois sur les marchés financiers, notamment à cause d’une croissance qui reste atone : au deuxième trimestre, la richesse nationale s’est accrue de seulement 0,2 %.

Mercredi, d’ailleurs, le gouvernement espagnol a dû reporter l’introduction en Bourse de 30 % des loteries nationales.  » Les conditions adéquates garantissant des recettes qui reflètent leur valeur ne sont pas remplies « , explique-t-il, ajoutant que les 7 milliards d’euros attendus de cette privatisation partielle n’avaient pas été comptabilisés dans ses prévisions de réduction des déficits. Qui plus est, les taux d’emprunt du pays, après avoir baissé ces dernières semaines et s’être démarqués de ceux accordés à l’Italie, augmentent de nouveau, l’écart entre le taux du Bund allemand et le taux espagnol atteignant 3,21 %.

Lundi, M. Zapatero a souligné qu’il n’avait pas l’intention de prendre de nouvelles mesures économiques avant la fin de son mandat, le 20 novembre, sauf  » si cela était nécessaire « .  » Nous sommes dans un contexte européen difficile, conséquence de l’incertitude qui plane autour de la Grèce, mais notre prévision est que la crédibilité de l’Espagne sur les marchés internationaux et dans les institutions internationales se renforce « , a-t-il déclaré.

Sandrine Morel (Madrid, correspondance) et Cécile Prudhomme (avec Cécile De Corbière)