Herbes de Provence

Massifdesmaures2Mister Djon, comme l’appellent les ouvriers arabes du domaine, roule lentement dans les premiers lacets des Maures, vitres baissées, l’avant-bras sur la portière. Il sent que les saveurs parfumés des collines, cette cuisine miraculeuse à ciel ouvert, dédommagent déjà le vieux couple des misères du voyage. Senteurs massives, entêtantes, d’où émergent quand on les frôle la sauge, le thym, la marjolaine, le romarin, le basilic, la menthe, odeurs de térébenthine des résineux, aigre du buis, douce-amère du figuier, troncs décortiqués des chênes-lièges, tortueux des oliviers, reflets argent des feuilles de lyeuse, vernissés du laurier, terre ocre, schistes noirs, le ciel qui vire à l’indigo au voisinage du vert des pins, avec ce lancinant chant des cigales dont le volume envahit le creux des conversations.

Dans les boucles, la voiture retrouve l’ombre fraîche du versant nord dont profitent les hêtres et les chênes, avant de replonger à la sortie du virage dans l’écrasante lumière du Midi. Le vieux couple se laisse porter, s’incline mollement dans les courbes et commente sa gratitude d’un regard vers les sommets.

Jean Rouaud. Les champs d’honneur. Les éditions de minuit. p.45

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s