Les chiens de Paris

« D’abord, ce qui m’a étonnée, c’est les chiens.
Ils étaient partout.
Des grands, des gros, des petits courts sur pattes, des avec des poils si longs qu’on ne savait pas où était leur tête, où était leur queue, des tout frisés comme s’ils sortaient de chez le coiffeur, d’autres tondus en forme de lions, de taureaux, de moutons, de phoques. Certains étaient si petits qu’on aurait dit des rats, et tremblants comme eux, l’air méchant comme eux. D’autres étaient grands comme de veaux, comme des ânes, avec de babines ensanglantées et des joues qui pendent, et quand ils secouaient leur tête, ils éclaboussaient tout de leur bave. Il y en avait qui vivaient dans des appartements des beaux quartiers, et qui roulaient dans des voitures américaines, anglaises, italiennes. Il y en avait qui sortaient dans les bras de leurs maîtresses, tour enrubannés et habillés de petits gilets à carreaux. J’en ai même vu un qui se promenait au bout d’une longue laisse que sa maîtresse avait attachée à sa voiture.
Je ne veux pas dire qu’il n’y avait pas de chiens chez nous. Il y en avait beaucoup, mais ils se ressemblaient tous, couleur de poussière avec des yeux jaunes, le ventre si creux qu’ils auraient pu être des guêpes. »

J.M.G. Le Clézio « Poisson d’or » Gallimard Folio, p.112

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