Mon village

Au village où j’habite les gens ne sont pas connus par leur nom de famille mais par un sobriquet tiré de son apparence physique ou de sa personnalité. Par conséquent, inutile de demander qui soit M. Duverger, personne ne vous répondra ; mais si, par contre, c’est M. Farfelu que vous recherchez, n’importe qui vous donnera des renseignements sur lui, et on vous signalera le Maître d’école, ainsi connu en raison de son originalité. Il n’est vraiment pas comme tout le monde. Il aime faire ses cours en plein air, car il pense que les murs de la salle de classe étouffent la fantaisie des élèves. La Maîtresse d’école, quant à elle, comme elle prépare minutieusement ses leçons et qu’elle corrige avec soin les copies de ses élèves, ceux-ci l’appellent affectueusement Mlle  Tatillonne.

M. le Maire est plus connu comme M. Maladroit. En outre de gauchiste, élu dans les listes du P.S., il est gauche. Son surnom lui vient du jour du Quatorze Juillet où il  brûla ses doigts  au moment de ranimer la flamme du Monument aux Morts.

La bouchère est une femme grande de formes généreuses, grassouillette, le visage joufflu, les jambes et les bras potelés ; on la connaît comme Mme Dodue. Son mari, le boucher, est très fort, musclé ; tous les matins, avant que la boutique ne soit ouverte, on peut le voir en portant sur ses épaules de grands  morceaux de bœuf, lourds de quelque 80 kilos ; il est évidemment M. Costaud.

Mme Tête en l’air et M. Étourdi forment un beau couple ; comme ils sont toujours dans les nuages, ils habitent une maison  placée sur une colline surplombant le village. En revanche, le foyer du couple formé par M. Grincheux et Mme Rigolote est devenu un enfer, car tandis qu’elle plaisante toujours à propos de n’importe quoi,  il est d’une humeur acariâtre et grogne contre tous ; c’est insoutenable !

Les jeunes gens de mon village sont audacieux, pendant les fêtes votives ils participent à un divertissement taurin qui consiste à lâcher des vachettes emboulées dans un périmètre barricadé à travers les rues du village et à courir hardiment à côté d’elles jusqu’à les toucher sans se faire prendre. Il n’y a qu’un seul garçon qui ne coure pas. Il a la trouille. On l’appelle M. Peureux.

Chaque village a son sot ; le mien aussi. Il s’appelle Pierrot et tout le monde se moque de lui parce qu’il est bête comme un âne, et quand il parle ce n’est que pour dire des bêtises, mais il n’est pas malicieux ; c’est M. Nigaud.

Je sais tout de mes voisins car je les espionne. Je connais ses vices et ses faiblisses et j’aime les raconter à ceux qui veulent m’écouter. On dit que je sème la zizanie, mais cela me fait un grand plaisir. J’espère que vous aurez deviné mon nom : je suis Mme Chipie.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s