« Faust » damné par Jean-Louis Martinoty

Ce devait être l’événement de la 3e saison de Nicolas Joël à la tête de l’Opéra de Paris : le Faust, de Gounod, est un flop magistral. L’affaire a été, il est vrai, mal embouchée dès le début. Il y a d’abord eu la démission du chef d’orchestre Alain Lombard une semaine avant la première après un différend avec le ténor Roberto Alagna (voir Le Monde du 23 septembre). Echanges d’amabilités entre les deux parties jusqu’à la première du 22 septembre devant un public dépité, une grève des techniciens ayant réduit à une simple version de concert le spectacle mis en scène par Jean-Louis Martinoty, d’autant plus attendu qu’il était censé mettre fin aux quasi trente ans de règne de la version de 1975 de Jorge Lavelli, emblématique de l’ère Liebermann.

Il a donc fallu attendre le 28 septembre pour découvrir l’ampleur des dégâts. Comment le directeur d’opéra et metteur en scène Nicolas Joël, qui a lui-même monté Faust aux Chorégies d’Orange en 2008, a-t-il pu cautionner ce salmigondis lourdingue et prétentieux ? Une telle gabegie de gadgets, de couleurs, de références, une telle débauche de laideurs spectaculaires et d’effets spéciaux, sans avoir eu son mot à dire sur la façon dont on dépense l’argent public à l’Opéra de Paris ?

Car cette production est indigne. Elle est à la fois d’un conventionnel crétin, d’une impudeur choquante et d’un manque total de poésie. Rien ne nous est épargné, des draps tachés du dépucelage de Marguerite, du meurtre du bâtard poignardé dans l’église, de la tête de la malheureuse roulant sous le couperet – puis portée en triomphe comme une relique dans une châsse.

Noyés dans un décor surdimensionné, les chanteurs ne sont pas plus que le public à la noce. Côté vocal, même si on l’a connu plus solaire et frémissant, Roberto Alagna reste un Faust de belle classe. De même Inva Mula, Marguerite plus précieuse qu’émouvante et le Méphistophélès de Paul Gay, baryton basse à la française, sans fanfreluches. La direction d’Alain Altinoglu, qui a remplacé Alain Lombard, est juste et avisée, privée de folie comme de sensualité. Les choeurs, quand ils sont ensemble, chantent droit. Et ce diable de Martinoty qui nous promettait un « opéra du désir » !

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