Forfait

Ah, elle a été rude, cette semaine. Cette bombe qui a éclaté sur nos écrans assoupis. Ce tsunami médiatique. Ce gars dont on oublie toujours le nom et qui a déclaré forfait… Oui, c’est ça, Kevin Gameiro… son forfait surprise pour France-Albanie. Après Benzema, Ribéry et Blaise Matuidi : la  » douche froide pour les supporteurs « , ont commenté les journaux, en parlant même d’une  » avalanche de forfaits « . Drôle d’image.

Il y eut aussi celui d’un non-candidat centriste pas triste à la course présidentielle. Un forfait que vous aviez presque oublié, avouez-le, au milieu de l’actualité si riche. Quoi qu’il en soit, celui-là il est hors course.

Souvenirs du bar PMU du tiercé dominical (son ticket, sa petite pince) ; là, les forfaits, c’était du sérieux. Les chevaux qui ne s’alignaient pas au départ devaient payer un dédit, une indemnité, bref un forfait. Bien sûr, ce n’était pas vraiment les chevaux qui payaient le forfait, c’était les propriétaires… Mais, au fait, combien va-t-il (le) payer, Jean-Louis Borloo ? Ou qu’aura-t-il en échange ? Mystère.

En effet : un forfait, ça coûte. Et nous ne parlons pas des forfaits de ski (toujours plus haut, le contraire de l’avalanche), nous parlons d’un casse-tête bien pire, de la prise de chou des week-ends chez Phone House, du labyrinthe tarifaire : les forfaits téléphoniques. Ah, en voilà, des forfaits surprise. Ils peuvent même tourner à l’obsession. Ecoutez, dans le métro, les jeunes qui crient dans leurs portables ; ils commencent toujours par :  » T’as encore du forfait, toi ? Ah bon, tu m’appelles alors… « 

Puis arrive l’interminable conversation beuglée qui fait regretter amèrement à l’usager des transports que l’autre gusse, au bout de la ligne, ait encore du forfait. Sans parler des phrases idiotes du genre :  » Ouais, c’est Brice là, dis-donc, ton ex, elle balance beaucoup non ?  » ou  » Ah, t’es en garde à vue… euh, je rappelle « .

On aura compris qu’il s’agit dans ce cas précis d’un bavard qui a encore du forfait mais c’est plutôt du forfait présumé. Une histoire de forfait tout compris où le correspondant en question a pris à la fois le forfait et le chapeau… et risque de prendre le maximum s’il fait trop traîner la conversation. Le forfait dont on aimerait bien alléger l’addition comme nous le suggèrent les opérateurs. Changez de forfait, qu’ils disent.

 » Moi j’veux bien, nous déclare Nicolas S. de Neuilly dans le 92, si Hervé Morin aussi déclare forfait, j’l’appellerai.  » Au suivant.

Car, avouez-le, mesdames et messieurs les candidats, votre rêve, c’est quand même de gagner les élections par abandon. Votre fantasme : le forfait général des autres, le jeté de gant en avalanche, le mot d’excuse, la rase campagne… La conversation qui commence par :  » Bon d’accord t’es largement devant moi à la primaire/dans les sondages, je déclare forfait pour le second tour.  » Et hop. Ce serait du billard la politique, si les challengers sous-cotés, les outsiders très out déclaraient forfait les uns après les autres. Et quelle économie !

Par Didier Pourquery

(1)I. FORFAIT n. m. Xe siècle. Participe   passé de forfaire.

Crime grave et odieux. Commettre un horrible, un abominable forfait. Il a   été puni pour ses forfaits. Expier ses forfaits.

(2)II. FORFAIT n. m. XVIe siècle, fayfort   ; XVIIe siècle, fort-fait. Composé de for, altération de fuer, fur, du latin forum, « place publique », puis «marché, taux », et du participe passé de faire, proprement « taux déterminé à l’avance ».
1. Clause d’un contrat, d’un marché par laquelle l’une des parties s’oblige à fournir une prestation, un service ou un ensemble de services à un prix  global fixé d’avance ; le prix ainsi fixé. Vente à forfait. Conclure un forfait avec un entrepreneur pour la construction d’une maison. Cet organisme  propose des voyages, des séjours à forfait. Dénoncer un forfait, en demander l’annulation. Payer un forfait très élevé. Traiter à forfait.  Prendre un travail à forfait. 
2. DROIT FISCAL. Régime fiscal permettant de calculer l’imposition d’un contribuable non salarié d’après une estimation de son revenu présumé. Être admis au bénéfice du forfait. Par méton. Le montant de la somme ainsi  arrêtée.

(3)*III. FORFAIT n. m. XIX  siècle. Adaptation de l’anglais forfeit, « amende », lui-même emprunté de l’ancien français forfait (voir Forfait II).

HIPPISME. Indemnité due par le propriétaire d’un cheval lorsque, après   l’avoir régulièrement engagé dans une course, il renonce à l’y faire   paraître.

Par ext. Déclarer forfait, annoncer qu’on ne prendra pas le départ  d’une épreuve sportive dans laquelle on s’était engagé et, fig., renoncer à défendre ses chances dans une compétition, à poursuivre une entreprise. Ce coureur, ce boxeur a déclaré forfait à la dernière minute. Devant tant de difficultés, je déclare forfait. Gagner un match par forfait, être déclaré vainqueur à la suite de l’abandon de l’adversaire ou de l’équipe adverse.

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