Dans le collimateur des marchés cet été, l’Espagne bénéficie désormais d’un répit

Malgré la persistance de zones d’ombre, M. Zapatero juge l’action de son gouvernement crédible

Pour calmer les esprits des investisseurs échauffés durant l’été par la crainte que l’Espagne, dans le collimateur des marchés, ne fasse appel à l’aide financière européenne, le pays a mis les bouchées doubles.

Parmi les divers chantiers engagés figure celui des caisses d’épargne – celles-ci avaient jusqu’au vendredi 30 septembre pour terminer leur processus de recapitalisation ou accepter une nationalisation partielle. Dans la foulée, la Banque d’Espagne publiera le montant des besoins de son système financier, achevant ainsi un long processus de consolidation qui a permis de ramener le nombre des caisses d’épargne de 47 à 14. Un objectif : rassurer les marchés et les institutions financières mondiales sur la solidité du secteur bancaire espagnol et, au-delà, sur l’économie du pays.

Cet été, l’Espagne, tout comme l’Italie, à qui Standard & Poors a depuis enlevé son AAA, se sont retrouvées dans une spirale infernale, voyant leurs taux d’emprunts s’envoler. Et ce, bien que l’ampleur de leur endettement soit sans commune mesure. Une dette de 650 milliards d’euros pour l’Espagne, soit 60 % de son produit intérieur brut (PIB) ; et de plus de 1 900 milliards d’euros pour l’Italie (120 % du PIB).

En pleine crise grecque, les marchés se sont focalisés sur ces deux pays, les enjoignant de résoudre au plus vite leurs difficultés. Croissance en berne, endettement lourd, banques mal en point… Tous les ingrédients d’un cocktail explosif étaient réunis.

Mais après avoir été mis dans le même panier, les deux pays ont pris des trajectoires différentes. L’Italie s’est empêtrée dans un grand chaos politique, tandis que l’Espagne a mis tout en oeuvre pour contracter ses dépenses publiques. Au-delà même de ce qu’elle avait initialement prévu pour compenser sa faible croissance.

Ainsi, en septembre, le gouvernement socialiste, présidé par José Luis Rodriguez Zapatero, a été l’un des premiers à introduire en urgence la  » règle d’or  » de l’équilibre budgétaire dans sa Constitution pour afficher sa détermination à limiter le déficit.

 » On constate, mois après mois, une amélioration du déficit public, relève Jesus Castillo, économiste chez Natixis. Le plan de consolidation budgétaire apparaît suffisamment crédible pour que le pays atteigne son objectif d’un déficit de 6 % fin 2011 « , contre 9,2 % en 2010, et 11,3 % en 2009.

Sous pression européenne, Madrid a multiplié les mesures. Ces derniers mois, le marché du travail a été réformé pour plus de flexibilité et 49 % des aéroports ont été privatisés. Auparavant, en 2010, le gouvernement espagnol avait déjà augmenté l’âge de la retraite de 65 à 67 ans, gelé les retraites et baissé le salaire des fonctionnaires de 5 %.

Le pays a mis en place une  » politique assez drastique qui a commencé à porter ses fruits « , juge Céline Antonin, économiste à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE). Autre facteur positif, selon Jesus Castillo : l’évolution du déficit courant – l’ensemble des flux avec le reste du monde. Il est passé de 10,6 % en juin 2008 (son maximum) à 4,2 % en juin 2011. En se contractant, il réduit d’autant les besoins de financement extérieurs de l’Espagne, à l’image de l’Irlande, qui, elle, a renoué avec les excédents.

Pour autant, l’Espagne n’est pas tirée d’affaire. Il reste des points noirs, à commencer par la dette des collectivités locales qui a augmenté de 23 % en un an, pour atteindre, au deuxième trimestre 2011, un nouveau record de 133 milliards d’euros, soit 12,4 % du PIB. L’agence de notation Fitch a d’ailleurs baissé, le 14 septembre, la note de cinq communautés de communes : la Catalogne, la Communauté de Valence, l’Andalousie, les Canaries et Murcie.

Pour faire face à leur problème de dette, les régions se sont engagées dans de douloureuses réformes. Les dernières en date concernent les Baléares qui ont supprimé, mercredi 28 septembre, 92 de leurs 168 entreprises publiques. La Catalogne de son côté, a réduit son budget de 10 % ; la Castille-La Manche, de 20 %…

Des doutes sur le pays persistent toutefois sur les marchés financiers, notamment à cause d’une croissance qui reste atone : au deuxième trimestre, la richesse nationale s’est accrue de seulement 0,2 %.

Mercredi, d’ailleurs, le gouvernement espagnol a dû reporter l’introduction en Bourse de 30 % des loteries nationales.  » Les conditions adéquates garantissant des recettes qui reflètent leur valeur ne sont pas remplies « , explique-t-il, ajoutant que les 7 milliards d’euros attendus de cette privatisation partielle n’avaient pas été comptabilisés dans ses prévisions de réduction des déficits. Qui plus est, les taux d’emprunt du pays, après avoir baissé ces dernières semaines et s’être démarqués de ceux accordés à l’Italie, augmentent de nouveau, l’écart entre le taux du Bund allemand et le taux espagnol atteignant 3,21 %.

Lundi, M. Zapatero a souligné qu’il n’avait pas l’intention de prendre de nouvelles mesures économiques avant la fin de son mandat, le 20 novembre, sauf  » si cela était nécessaire « .  » Nous sommes dans un contexte européen difficile, conséquence de l’incertitude qui plane autour de la Grèce, mais notre prévision est que la crédibilité de l’Espagne sur les marchés internationaux et dans les institutions internationales se renforce « , a-t-il déclaré.

Sandrine Morel (Madrid, correspondance) et Cécile Prudhomme (avec Cécile De Corbière)

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